Face à la chaleur, renforcer les solidarités

Alors que la France connaît un nouvel épisode caniculaire d’une intensité exceptionnelle, les conséquences du dérèglement climatique se font sentir avec une acuité particulière pour les personnes les plus fragiles. Dans ce témoignage, Véronique Mégnin, bénévole à la Frat’Aire du Pays de Montbéliard, raconte comment la chaleur accentue l’isolement, bouscule les habitudes de la Fraternité et invite à repenser les solidarités du quotidien.

Avec la vague de chaleur qui nous accable depuis quelques semaines, nous essayons tant bien que mal de nous adapter. Pour les plus chanceux, il y a des maisons bien isolées et parfois des piscines.  Pour la plupart, c’est la recherche de solution pour trouver un peu de fraîcheur. Entre la ruée sur les ventilateurs et les climatiseurs portables qui vont faire exploser les notes d’électricité, dans une période où l’augmentation des carburants a déjà eu un impact important sur le budget des familles et les nuits à dormir dans les parcs, il y a peu d’autres alternatives. Pour d’autres, mal logés dans des logements non isolés, sous les toits ou dans des immeubles en vis-à-vis dans des quartiers bétonnés, c’est une situation invivable. Pire encore pour les sans-abris pour qui la canicule est souvent pire que l’hiver. 

Pour se rendre dans nos fraternités aussi, c’est devenu compliqué, car il faut prendre les transports en commun plus ou moins climatisés, avec des temps d’attente dans des abris bus en verre en plein soleil. Puis il faut pouvoir marcher par 40°, même quelques centaines de mètres, qui deviennent très difficiles pour nos publics fragiles. Notre premier réflex face à la canicule fut donc d’annuler des activités dans nos Frat et de recommander aux personnes de rester chez elles, de boire beaucoup d’eau, de fermer fenêtres et volets pour garder le peu de la fraîcheur gagnée par l’aération nocturne.  Mais nous avons vite compris que pour la plupart, se retrouver enfermé dans le noir devant un ventilateur avec une bouteille d’eau n’était pas la solution, surtout pour le moral des personnes les plus isolées et les plus vulnérables. Nous nous sommes aperçus aussi que certains ne boivent pas assez d’eau et ne veulent pas entendre les conseils relayés par les différentes sources d’information. D’autres, imprudents, ont travaillé en extérieur au jardin, à tondre des pelouses ou tailler des haies. Certains vont marcher aux plus chaudes heures de la journée, sans chapeau et sans gourde, la plupart du temps. Ainsi, après quelques contacts avec les uns et les autres, nous avons maintenu le repas du vendredi midi où nous avons accueilli une vingtaine de personnes dans notre Frat équipée pour l’occasion d’une clim portable.

Réfléchir, s’adapter, agir pour anticiper l’avenir.

Ce fut un temps agréable de partage autour d’un repas froid préparé par quelques-uns, pendant lequel nous avons réfléchi à quelques adaptations de notre programme d’été. Un temps aussi de prise de conscience pour certains, qui veulent essayer d’être plus vigilants pour eux et pour leur entourage, pas toujours conscient des conséquences de ces épisodes caniculaires qui risquent de s’intensifier avec le dérèglement climatique. Parmi les propositions ont été réaffirmé, le besoin d’organiser du covoiturage pour les plus isolés et éloignés, l’ouverture de la Frat pour des animations en soirée pendant l’été, des balades « à la fraîche » dans la campagne, des sorties au musée, au ciné, à la piscine et au bowling avec un partenaire qui assure le relais pendant l’été. Des sorties sont programmées pour profiter de sommets, de forêts et de lacs de la région où les températures sont plus raisonnables. Certains ont évoqué l’idée de visiter une grotte ou même de demander de faire des activités dans un des nombreux temples locaux où la température reste toujours un peu plus fraîche. Une chose est certaine, nous apprécions plus que jamais le terrain boisé de notre Frat, où nous nous sommes imaginés construire une terrasse ombragée avec transats, près du jardin potager.

Au-delà des projets, les discussions ont porté sur le changement climatique en général et face aux enjeux aux adaptations nécessaires pour modifier nos modes de consommation et de vie. Nous avons évoqué notre inquiétude pour les plus précaires, les personnes âgées, les enfants et les jeunes en particulier ceux qui passent des examens, les sans-abris qui sont les premières victimes de ces dérèglements. Les personnes de plus de 60 ans sont nombreuses dans notre Frat et souvent elles sont très seules, c’est pourquoi elles sont une priorité.  Nous avons demandé à tous de prendre contact, d’aider et prodiguer des conseils autour d’eux, pour faire boire de l’eau, déconseiller les sorties et les travaux à l’extérieur…

Cela prend tout son sens, car alors que j’écris ces mots, j’apprends qu’une participante de notre Frat, alertée par une salariée de son association d’insertion qui avait trouvé porte-clause chez une cliente, s’était rendue au domicile de cette dernière pour donner l’alerte. C’était hélas trop tard pour la dame en question, qui selon les pompiers devait être décédée depuis au moins deux jours, seule dans un appartement surchauffé dont fenêtres et volets étaient ouverts.  

Alors, en cet été caniculaire, notre devoir à tous est de prendre soin de nous, mais aussi de notre entourage, de nos voisins, de nos familles, des personnes fragiles que nous connaissons. Il est plus que nécessaire de nous soucier les uns des autres et aussi peut être, est-ce le moment de réfléchir, de s’adapter, d’agir et de s’organiser pour anticiper l’avenir, car ce n’est vraisemblablement pas le dernier épisode caniculaire que nous vivrons.

Véronique MÉGNIN bénévoles Frat’Aire Pays de Montbéliard.