{"id":247,"date":"2020-05-15T09:00:00","date_gmt":"2020-05-15T07:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/penseesdunmusicophile\/?p=247"},"modified":"2020-02-06T19:07:27","modified_gmt":"2020-02-06T18:07:27","slug":"evolution-de-la-louange-episode-6-partie-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/penseesdunmusicophile\/evolution-de-la-louange-episode-6-partie-2\/","title":{"rendered":"Evolution de la louange &#8211; \u00e9pisode 6, partie 2"},"content":{"rendered":"\n<h2>En France&nbsp;: toute la musique au service du th\u00e9\u00e2tre politique<\/h2>\n\n\n\n<p align=\"justify\">Le gallicanisme est \u00e9videmment un point sensible dans les\nrelations diplomatiques entre l\u2019autorit\u00e9 papale romaine et l\u2019autorit\u00e9 absolue\nde la monarchie fran\u00e7aise. La liturgie reste tr\u00e8s conservatrice. La politique\n\u0153cum\u00e9nique d\u2019Henri IV aurait pu insuffler une dynamique nouvelle dans la\nliturgie du culte romain en France&nbsp;; il n\u2019en est rien, justement pour des\nquestions politiques. Le Bon Henri passe pour un monarque n\u2019entendant rien \u00e0 la\nmusique, comme l\u2019affirme le cardinal Du Perron<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.\nCependant, Pierre de L\u2019Estoile rapportent quelques anecdotes t\u00e9moignant d\u2019un\nmonarque appr\u00e9ciant, en priv\u00e9e, la musique et surtout le chant, et plus encore\ndu chant de psaumes<a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>.\nLa musicologue Isabelle His commente&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pour s\u2019\u00eatre converti au\ncatholicisme, Henri n\u2019a certainement pas oubli\u00e9 les psaumes huguenots qui ont\nberc\u00e9 sa jeunesse, et tout roi qu\u2019il est, lorsque l\u2019occasion s\u2019en pr\u00e9sente, il\nne r\u00e9siste pas au plaisir de joindre sa voix \u00e0 celle de ses\ncoreligionnaires.&nbsp;\u00bb Son premier Compositeur de la Chambre royale est un\nhuguenot d\u00e9clar\u00e9, Claude Le Jeune (c.1530-1600). Celui-ci compose pour le\nlendemain du sacre d\u2019Henri, en f\u00e9vrier 1594, un <em>magnificat<\/em>. La Chapelle royale continue \u00e0 se plier \u00e0 la discipline\nd\u00e9finie ous Henri III, avec des chants en antiphon\u00e9 avec la Chapelle de\nNotre-Dame (verdict \u00e0 l\u2019image de Salomon face \u00e0 une rivalit\u00e9 directe entre les\ndeux chapelles). N\u00e9anmoins, il est surtout d\u2019usage de louer d\u2019abord le roi.\nC\u2019est ainsi que dans des chants de No\u00ebl il soit fait directe r\u00e9f\u00e9rence au\nmariage d\u2019Henri avec Marie de M\u00e9dicis, esp\u00e9rance de la naissance d\u2019un h\u00e9ritier.\nOn peut toutefois citer les <em>Pseaumes en\nvers mezurez<\/em> compos\u00e9s par Le Jeune, sur des paraphrases de psaumes de\nJean-Antoine de Ba\u00eff ou d\u2019Agrippa d\u2019Aubign\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-youtube wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Claude Lejeune (1530-1600) Motets &amp; Psaumes\" width=\"500\" height=\"281\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/XMpuksUkRmU?start=1980&#038;feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><figcaption> Psaume 88 <em>O Seigneur, J\u2019espars<\/em>, vers d\u2019Agrippa d\u2019Aubign\u00e9, musique de Claude Le Jeune, par les Pages &amp; les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles, sous la direction d\u2019Olivier Schneebeli. <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p align=\"justify\">Sous le r\u00e8gne du Roi-Soleil, l\u2019audition de l\u2019office est indissociablement religieuse et politique. Jean-Yves Hameline analyse qu\u2019il y a \u00ab\u00a0glissement constant de la situation du simple fid\u00e8le \u00e0 celle de Monarque, et la recherche d\u2019un lexique monarchique aux sonorit\u00e9s fran\u00e7aises, comme l\u2019in\u00e9vitable Psaume 19<a href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>.\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn4\">[4]<\/a><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-youtube wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Fran\u00e7ois Couperin : Domine, salvum fac regem\" width=\"500\" height=\"375\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/K5BrALNh_o4?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><figcaption> Motet <em>Domine, salvum fac regem<\/em> de Fran\u00e7ois Couperin (1668-1733) par Monique Zanetti et Michel Lapl\u00e9nie sous la direction de Bernard Coudurier. <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h2>En Angleterre&nbsp;: les <em>anthems<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p align=\"justify\">Apr\u00e8s Cromwell, la culture musicale anglaise reste confuse.\nLa Restauration (1660) de Charles II se veut imiter les \u00e9clats de la cour\nfran\u00e7aise et les exub\u00e9rances des musiciens italiens. Il est alors difficile\npour les artistes anglais de trouver leur place. John Blow (1649-1708),\norganiste de l\u2019Abbaye de Westminster, est le premier \u00e0 se d\u00e9marquer. C\u2019est\ntoutefois son \u00e9l\u00e8ve, Henry Purcell (1659-1695), qui r\u00e9ussira \u00e0 retrouver un\nv\u00e9ritable style anglais, notamment dans la liturgie anglicane. Selon le musicologue\nJean-Fran\u00e7ois Labie, \u00ab&nbsp;l\u2019\u0153uvre d\u2019\u00e9glise de Purcell [est] l\u2019expression la\nplus parfaitement \u00e9quilibr\u00e9e de l\u2019anglicanisme. On y sent le d\u00e9sir de cr\u00e9er une\nliturgie solennelle et luxueuse tout en prenant de la distance en face du\ntriomphalisme de Rome.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn5\">[5]<\/a> Tout\ncomme dans ses \u0153uvres dramatiques, dans lesquelles il excelle, on ressent dans\nses hymnes et psaumes ses talents de m\u00e9lodistes encore valoris\u00e9s par une\nma\u00eetrise de l\u2019harmonie qui sait \u00e9mouvoir.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-youtube wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Remember not, Lord, our offences - Henry Purcell\" width=\"500\" height=\"281\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/UaSn2f2ejPM?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><figcaption> <em>Remember not, Lord, our offenses<\/em> Z50 de Purcell par le Dorian Chamber Orchestra &amp; Choir sous la direction de Samuel Huston. <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p align=\"justify\">Pour que le style musical anglais se d\u00e9veloppe, il faudra un\n\u00e9tranger ; pour que la musique liturgique anglicane atteigne un niveau\nsup\u00e9rieur, il faudra un luth\u00e9rien : ce sera George Friedrich Haendel\n(1685-1759). Celui-ci \u00e9tait venu en Angleterre pour faire fortune en y\napportant l\u2019op\u00e9ra italien. La t\u00e2che ne lui f\u00fbt pas facile, mais cet\nentrepreneur de g\u00e9nie sut s\u2019adapter \u00e0 son public. Il sut notamment proposer des\noratorios en prenant sujet des histoires bibliques. Non seulement les h\u00e9ros de\nl\u2019Ancien Testament inspirent des sujets fantastiques avec rebondissements,\n\u00ab&nbsp;la bourgeoisie londonienne conna\u00eet sa Bible et se passionne pour une\nhistoire qui lui est famili\u00e8re et dans laquelle elle se sent impliqu\u00e9e.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn6\">[6]<\/a> On ne\npeut \u00e9videmment pas ne pas penser \u00e0 son <em>Messiah<a href=\"#_ftn7\"><strong>[7]<\/strong><\/a><\/em>,\npreuve ultime de sa foi aussi profonde que sinc\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-youtube wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Handel (arr. Mendelssohn): Israel in Egypt - King&#039;s Consort\/King (2018)\" width=\"500\" height=\"281\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/WKHXwYLp0us?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><figcaption> <em>Isra\u00ebl in Egypt<\/em> de Haendel, arrang\u00e9 par F\u00e9lix Mendelssohn, par le King\u2019s Consort sous la direction de Robert King<a href=\"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/penseesdunmusicophile\/wp-admin\/post-new.php#_ftn8\">[8]<\/a>.  <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p align=\"justify\">Haendel compose \u00e9galement des cantates anglicanes, que l\u2019on\nappelle des <em>anthems<\/em>. On peut\nnotamment citer les onze <em>Chandos Anthems<\/em>,\ncommandes du duc de Chandos sur des textes extraits des psaumes traduits dans\nle <em>Book of Common Prayer<\/em>. Dans le <a href=\"https:\/\/www.oratoriodeparis.asso.fr\/Haendel-Chandos-Anthem-no10-The.html\">n\u00b010\n\u00ab&nbsp;<em>The Lord is my light<\/em>&nbsp;\u00bb<\/a>,\nle compositeur exalte la puissance de Dieu, qui aide ses fid\u00e8les \u00e0 vaincre\nleurs ennemis&nbsp;; ils l\u2019en remercient par leurs louanges et d\u00e9sirent habiter\npour toujours dans sa demeure.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-youtube wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Handel: Chandos Anthem no. 10, &quot;The Lord Is My Light&quot;. The Sixteen, Christophers\" width=\"500\" height=\"375\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/X1nM5kjlZaI?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><figcaption> <em>Chandos Anthem n\u00b010 \u00ab\u00a0The Lord is my Light\u00a0\u00bb<\/em> de Haendel par l\u2019ensemble The Sixteen sous la direction de Harry Christophers. <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a>\nBOUCHER Jeanne, <em>La Cour de Henri III<\/em>,\nRennes, 1986, p.127.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a>\nDE L\u2019ESTOILE Pierre, <em>M\u00e9moires-Journaux<\/em>,\nParis, 1982, p.82.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a>\nPsaume 20 dans la num\u00e9rotation h\u00e9bra\u00efque, verset 10&nbsp;: \u00ab&nbsp;Eternel,\nsauve le roi&nbsp;! Qu\u2019il nous exauce, quand nous l\u2019invoquons&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a>\nHAMELINE Jean-Yves, \u00ab&nbsp;Chanter Dieu sous Louis XIV&nbsp;\u00bb <em>in Regards sur la musique au temps de Louis\nXIV<\/em>, Versailles&nbsp;: Centre de musique baroque de Versailles, 2007, p.47.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a>\nLABIE Jean-Fran\u00e7ois, \u00ab&nbsp;La musique anglaise apr\u00e8s Cromwell&nbsp;: Henry\nPurcell&nbsp;\u00bb <em>in Histoire de la musique\noccidentale<\/em>, Paris&nbsp;: Fayard, 1985, p.443.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a>\n<em>Ibidem<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a>\nOn peut conseiller notre br\u00e8ve \u00e9tude comparative de versions de ce monument de\nla musique Baroque&nbsp;: <a href=\"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/penseesdunmusicophile\/carunenfantnousestne\/\">\u00ab&nbsp;Car\nun enfant nous est n\u00e9&nbsp;\u00bb<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a>\nNous conseillons la lecture du compte-rendu de ce concert, ouverture du\nfestival de la Chaise-Dieu en ao\u00fbt 2018&nbsp;: <a href=\"https:\/\/www.olyrix.com\/articles\/production\/2294\/haendel-mendelssohn-israel-agypten-egypte-festival-chaise-dieu-mafi-huckle-hulett-brook-choir-the-kings-consort-choeur-king-soprano-mezzo-festival-chaise-dieu-18-mai-2018-critique-chronique-compte-rendu-article-handel\">\u00ab&nbsp;L\u2019\u00e9clatante\nfresque chorale d\u2019<em>Isra\u00ebl en Egypte<\/em>\nouvre La Chaise-Dieu 2018&nbsp;\u00bb<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En France&nbsp;: toute la musique au service du th\u00e9\u00e2tre politique Le gallicanisme est \u00e9videmment un point sensible dans les relations&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":248,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/penseesdunmusicophile\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/247"}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/penseesdunmusicophile\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/penseesdunmusicophile\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/penseesdunmusicophile\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/penseesdunmusicophile\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=247"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/penseesdunmusicophile\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/247\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":249,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/penseesdunmusicophile\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/247\/revisions\/249"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/penseesdunmusicophile\/wp-json\/wp\/v2\/media\/248"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/penseesdunmusicophile\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=247"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/penseesdunmusicophile\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=247"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/penseesdunmusicophile\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=247"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}