{"id":181,"date":"2019-11-28T16:38:43","date_gmt":"2019-11-28T15:38:43","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/lespriteuropeen\/?p=181"},"modified":"2019-11-28T16:38:43","modified_gmt":"2019-11-28T15:38:43","slug":"europe-unie-europe-plurielle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/lespriteuropeen\/europe-unie-europe-plurielle\/","title":{"rendered":"Europe unie, Europe plurielle"},"content":{"rendered":"\n<p><strong> La capacit\u00e9 d\u2019int\u00e9grer les diff\u00e9rences sans les faire dispara\u00eetre est sans doute ce qu\u2019on peut appeler l\u2019esprit europ\u00e9en. <\/strong><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Au\nmoment o\u00f9 la nouvelle Commission s\u2019appr\u00eate \u00e0 prendre ses\nfonctions sous la direction de l\u2019ancienne ministre allemande de la\nd\u00e9fense Ursula von der Leyen, la question d\u2019une relance de l\u2019Union\neurop\u00e9enne est pos\u00e9e par tous ceux qui ne se r\u00e9signent pas \u00e0 son\neffacement. Nombreux sont ceux qui appellent avec insistance \u00e0 un\nr\u00e9veil de l\u2019Europe sur la sc\u00e8ne internationale, voire \u00e0 une\nrefondation du projet europ\u00e9en. Ils sont conscients des faiblesses\nd\u2019une union qui ne parvient pas \u00e0 s\u2019entendre face aux grands\nd\u00e9fis du moment \u2013  le renforcement de la zone euro, la gestion des\nmigrations, la place de l\u2019Europe dans le monde &#8211; et qui souffre\nd\u2019une d\u00e9saffection croissante des populations. Les difficult\u00e9s de\nl\u2019UE font en effet le jeu des populismes qui progressent dans la\nplupart des pays et qui d\u00e9fendent, partout o\u00f9 ils sont pr\u00e9sents,\nun repli sur la nation, loin des esp\u00e9rances caress\u00e9es nagu\u00e8re par\nles fondateurs de la communaut\u00e9 europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n<p> Pour\nque ces esp\u00e9rances soient combl\u00e9es un jour, l\u2019Europe ne peut pas\nse contenter de fonctionner comme elle l\u2019a fait depuis pr\u00e8s de\nsoixante-dix ans, sous la houlette d\u2019une poign\u00e9e de hauts\nfonctionnaires, en marge des citoyens et de leurs \u00e9lus. Cette\nd\u00e9marche, qualifi\u00e9e par les experts de \u00ab&nbsp;fonctionnaliste&nbsp;\u00bb,\na permis les premiers succ\u00e8s de la construction europ\u00e9enne mais\nelle a montr\u00e9 ses limites \u00e0 mesure que l\u2019Europe devenait plus\npolitique. Elle a produit un d\u00e9ficit d\u00e9mocratique, dont est n\u00e9e\nune crise de l\u00e9gitimit\u00e9. Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette crise, l\u2019Europe\ndoit associer davantage les peuples&nbsp;: il faut qu\u2019\u00e0 l\u2019avenir\n ceux-ci \u00e9prouvent \u00e0 son \u00e9gard un sentiment d\u2019appartenance,\ncomme ils l\u2019\u00e9prouvent \u00e0 l\u2019\u00e9gard de leur nation. \n<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019appel\nde Mme de Sta\u00ebl<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p> Beaucoup\nd\u2019\u00e9crivains et de philosophes ont appel\u00e9, depuis plusieurs\nsi\u00e8cles, \u00e0 l\u2019union de l\u2019Europe. Parmi ces appels, retenons\ncelui d\u2019une grande Europ\u00e9enne, Mme de Sta\u00ebl, lanc\u00e9 il y a un peu\nplus de deux cents ans dans son livre <em>De\nl\u2019Allemagne<\/em>,\npubli\u00e9 en 1813&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il faut, dans nos temps modernes,\navoir l\u2019esprit europ\u00e9en&nbsp;\u00bb. Ce mot d\u2019ordre r\u00e9pond\naujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019urgence de la situation, \u00e0 condition de\npr\u00e9ciser ce qu\u2019il signifie. Pour Mme de Sta\u00ebl, l\u2019esprit\neurop\u00e9en ne se confond pas avec une identit\u00e9 europ\u00e9enne qui ferait\nl\u2019impossible synth\u00e8se des identit\u00e9s nationales en s\u2019effor\u00e7ant\nde valoriser ce qu\u2019elles ont en commun. Car ce qu\u2019elles ont en\ncommun, malgr\u00e9 leur histoire et leurs valeurs partag\u00e9es, est\ninsuffisant pour nourrir un patriotisme europ\u00e9en. \n<\/p>\n\n\n\n<p> L\u2019esprit\neurop\u00e9en ne saurait \u00e9merger d\u2019une volont\u00e9 d\u2019uniformisation qui\nle viderait de sa substance. \u00ab&nbsp;Les populations europ\u00e9ennes\nsont beaucoup trop diverses pour pouvoir \u00eatre r\u00e9duites \u00e0 quelques\n\u00e9l\u00e9ments communs&nbsp;\u00bb, note avec raison l\u2019essayiste Tzvetan\nTodorov dans son livre <em>L\u2019esprit\ndes Lumi\u00e8res<\/em>.\nCela n\u2019emp\u00eache pas, selon lui, que la construction europ\u00e9enne\nassume \u00ab&nbsp;un certain esprit europ\u00e9en, dont les habitants du\ncontinent peuvent se dire fiers&nbsp;\u00bb. Cet esprit europ\u00e9en ne\npr\u00e9tend pas d\u00e9passer les cultures nationales. Au contraire, il sera\nle fruit de leur dialogue, dans le respect de l\u2019originalit\u00e9 de\nchacune. \u00ab&nbsp;Les nations doivent se servir de guides les unes aux\nautres, et toutes auraient tort de se priver des lumi\u00e8res qu\u2019elles\npeuvent mutuellement se pr\u00eater&nbsp;\u00bb, \u00e9crit Mme de Sta\u00ebl.<\/p>\n\n\n\n<p>\n C\u2019est\nde la pluralit\u00e9 que na\u00eetra l\u2019unit\u00e9. Telle est, pour Tzvetan\nTodorov, la le\u00e7on des Lumi\u00e8res, qui invite \u00e0 la compl\u00e9mentarit\u00e9\ndes diff\u00e9rences. Certes il n\u2019est pas inutile de s\u2019interroger sur\nl\u2019existence d\u2019une culture europ\u00e9enne. Le po\u00e8te Paul Val\u00e9ry l\u2019a\nfait \u00e0 sa fa\u00e7on en expliquant que l\u2019esprit europ\u00e9en habite tous\nles peuples qui ont subi la triple influence de la puissance romaine,\nde la religion chr\u00e9tienne et de la pens\u00e9e grecque. Mais ces\nprincipes g\u00e9n\u00e9raux, aussi int\u00e9ressants soient-ils, ne sont pas\nporteurs d\u2019une dynamique. Comme le souligne le philosophe Pierre\nManent dans la revue <em>Mondes-Les\nCahiers du Quai d\u2019Orsay<\/em>\nn\u00b02, la question n\u2019est pas de savoir de quelle mani\u00e8re construire\nune nation europ\u00e9enne, mais \u00ab&nbsp;de quelle mani\u00e8re agir pour que\nles Europ\u00e9ens, dans leurs diff\u00e9rentes nations, aient un sentiment\ncroissant d\u2019identification \u00e0 quelque chose comme une entreprise\ncommune&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p> Pour\nque tous adh\u00e8rent \u00e0 cette entreprise commune, elle ne doit pas \u00eatre\nper\u00e7ue comme impos\u00e9e par les plus puissants ou par les plus riches,\nmais r\u00e9sulter de discussions ouvertes et libres, o\u00f9 chacun peut se\nlaisser convaincre en sachant se mettre \u00e0 la place de l\u2019autre.\nSelon Tzvetan Todorov, le philosophe \u00e9cossais David Hume au XVIII\u00e8me\nsi\u00e8cle est peut-\u00eatre le premier penseur pour qui l\u2019identit\u00e9 de\nl\u2019Europe ne r\u00e9side pas dans un trait partag\u00e9 par tous, mais\n\u00ab&nbsp;dans sa pluralit\u00e9 m\u00eame&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Les Europ\u00e9ens\ndignes de Hume, estime-t-il, seraient ceux qui ne se contentent pas\nde tol\u00e9rer la diff\u00e9rence des autres mais qui, de cette absence\nd\u2019identit\u00e9, tirent une pr\u00e9sence&nbsp;: celle de l\u2019esprit\ncritique vigilant qui ne s\u2019arr\u00eate devant aucun tabou, qui se\npermet d\u2019examiner impartialement toutes les traditions, en se\nfondant sur ce que tous les hommes ont en partage, c\u2019est-\u00e0-dire la\nraison&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p> La\ncapacit\u00e9 d\u2019int\u00e9grer les diff\u00e9rences sans les faire dispara\u00eetre\nest sans doute ce qu\u2019on peut appeler l\u2019esprit europ\u00e9en. Celui-ci\nfavorise \u00e0 la fois l\u2019\u00e9mulation, la tol\u00e9rance et la solidarit\u00e9.\nIl ne va pas sans dissensions ni conflits. Il ne d\u00e9daigne pas les\nvertus du compromis. Il est la condition pour que l\u2019Europe existe\nen tant que telle, face aux autres puissances, pour exprimer ses\nint\u00e9r\u00eats et d\u00e9fendre sa politique.  \n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La capacit\u00e9 d\u2019int\u00e9grer les diff\u00e9rences sans les faire dispara\u00eetre est sans doute ce qu\u2019on peut appeler l\u2019esprit europ\u00e9en.<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":183,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/lespriteuropeen\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/181"}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/lespriteuropeen\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/lespriteuropeen\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/lespriteuropeen\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/lespriteuropeen\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=181"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/lespriteuropeen\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/181\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":182,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/lespriteuropeen\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/181\/revisions\/182"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/lespriteuropeen\/wp-json\/wp\/v2\/media\/183"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/lespriteuropeen\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=181"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/lespriteuropeen\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=181"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/lespriteuropeen\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=181"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}