{"id":241,"date":"2020-08-31T12:10:53","date_gmt":"2020-08-31T10:10:53","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdyvesroucaute\/?p=241"},"modified":"2022-05-24T17:43:27","modified_gmt":"2022-05-24T15:43:27","slug":"les-illusions-obscurantistes-du-connais-toi-toi-meme-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdyvesroucaute\/les-illusions-obscurantistes-du-connais-toi-toi-meme-2\/","title":{"rendered":"Les illusions obscurantistes du \u00ab Connais-toi toi-m\u00eame \u00bb (2)"},"content":{"rendered":"\n<p>Cette formule a bonne presse mais quelles sont ses significations ? Dans cette deuxi\u00e8me partie  : \u00ab\u00a0Socrate&nbsp;: \u00ab&nbsp;connais-toi toi-m\u00eame&nbsp;\u00bb contre la cr\u00e9ativit\u00e9\u00a0\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<h2>1. La l\u00e9gende<\/h2>\n\n\n\n<p>La l\u00e9gende et la m\u00e9sinterpr\u00e9tation de Socrate (470-399) ne sont pas pour rien dans le succ\u00e8s de cette formule du \u00ab&nbsp;<em>connais-toi toi-m\u00eame<\/em>&nbsp;\u00bb. D\u2019ailleurs, l\u2019origine de cette formule lui est souvent attribu\u00e9e, \u00e0 tort, comme nous venons de le voir.<\/p>\n\n\n\n<p>En cette p\u00e9riode de fin de vacances 2020, il est amusant d\u2019imaginer que Socrate se serait balad\u00e9 avec sa besace dans les rues d\u2019Ath\u00e8nes, pr\u00f4nant, au risque de se vie, le \u00ab&nbsp;<em>connais-toi toi-m\u00eame<\/em>&nbsp;\u00bb et d\u00e9fendant la morale. Cela signalerait son courage et son refus des illusions du monde, en particulier celles li\u00e9es \u00e0 la recherche des honneurs, des richesses et des plaisirs du corps qui auraient \u00e9t\u00e9 la marque des citoyens d\u2019Ath\u00e8nes. Certains n\u2019ont d\u2019ailleurs pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 le comparer \u00e0 une sorte de Christ avant l\u2019heure, l\u2019\u00e2ne en moins.<\/p>\n\n\n\n<p>Une grande partie de la tradition n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 sauter le pas et \u00e0 cr\u00e9er de toutes pi\u00e8ces la chim\u00e8re<a href=\"#sdfootnote1sym\"><sup>1<\/sup><\/a> d\u2019un Socrate qui ne serait plus un \u00ab\u00a0<em>sage\u00a0<\/em>\u00bb (sophos) dont il faudrait \u00e9couter et recevoir sans discuter la parole, \u00e0 la fa\u00e7on des \u00ab sages\u00a0\u00bb et Pr\u00eatres-rois qui l\u2019auraient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, mais un \u00ab\u00a0<em>philosophe\u00a0<\/em>\u00bb, un \u00ab\u00a0<em>philo-sophos\u00a0<\/em>\u00bb, un \u00ab\u00a0<em>ami\u00a0\u00bb (philos) <\/em>de<em> \u00ab\u00a0la sagesse<\/em>\u00a0\u00bb (sophia), tol\u00e9rant, homme de dialogue. Ce pr\u00e9tendu \u00ab\u00a0<em>prince des philosophes\u00a0<\/em>\u00bb \u00e9voqu\u00e9 par Cic\u00e9ron<a href=\"#sdfootnote2sym\"><sup>2<\/sup><\/a>, aurait ainsi \u00e9t\u00e9 le porte-drapeau d\u2019une pens\u00e9e libre et rationnelle d\u00e9gag\u00e9e du magico-religieux, recherchant la V\u00e9rit\u00e9 contre les illusions, d\u00e9fendant la conscience individuelle et la libert\u00e9 de penser comme \u00ab\u00a0<em>art de vivre\u00a0<\/em>\u00bb <a href=\"#sdfootnote3sym\"><sup>3<\/sup><\/a>, propageant m\u00eame une sorte de morale universelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Il aurait \u00e9clair\u00e9 ses contemporains par ses questions pertinentes avec un esprit critique et une ironie d\u00e9vastatrice, qui l&rsquo;a fait comparer \u00e0 une sorte de poisson-torpille marine paralysant celui qui le touche<a href=\"#sdfootnote4sym\"><sup>4<\/sup><\/a>. Les philosophes sophistes, qui c\u00e9l\u00e9braient les productions artificielles de leurs contemporains, participaient aux jeux \u00e9lectoraux d\u00e9mocratiques avec leurs ruses, simulacres, propos d\u00e9magogiques, et jugeaient souvent favorablement les recherche d\u2019honneurs, de plaisirs et de richesses, auraient \u00e9t\u00e9 les premi\u00e8res victimes de ce moraliste intransigeant et aussi les fomenteurs de sa condamnation \u00e0 mort. Cela au point o\u00f9, \u00e0 la suite de Socrate, le mot \u00ab\u00a0<em>sophiste\u00a0<\/em>\u00bb est devenu aujourd\u2019hui encore une accusation grave, d\u00e9signant ceux qui argumentent pour tromper leur auditoire et d\u00e9tourner de la V\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ce \u00ab\u00a0<em>connais-toi toi-m\u00eame<\/em>\u00a0\u00bb, Socrate aurait m\u00eame ouvert le chemin de la V\u00e9rit\u00e9 pour tous, professant la possibilit\u00e9 universelle de pouvoir \u00ab\u00a0<em>accoucher\u00a0\u00bb <\/em>la v\u00e9rit\u00e9 enfouie en chacun, du plus humble, l\u2019esclave, \u00e0 l\u2019aristocrate le plus puissant. G\u00e9n\u00e9reux, humaniste m\u00eame si l\u2019on en croit la l\u00e9gende, il aurait d\u00e9montr\u00e9 que chacun pouvait atteindre de lui-m\u00eame, par lui-m\u00eame, cet arri\u00e8re monde, le vrai monde, celui de la V\u00e9rit\u00e9. Celui o\u00f9 se trouvent les innombrables Id\u00e9es qui gouvernent tout, de l\u2019id\u00e9e de triangle ou du nombre \u00e0 l\u2019Id\u00e9e de Justice, de Beaut\u00e9 et de Bien.<\/p>\n\n\n\n<p>Un monde de la V\u00e9rit\u00e9 que certains, comme les partisans de l\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>augustinisme politique<\/em>&nbsp;\u00bb (qui n\u2019a rien \u00e0 voir avec St augustin), n\u2019h\u00e9siteront pas \u00e0 identifier plus tard avec l\u2019id\u00e9e de Dieu, qui serait pur Esprit, qui comprendrait en lui toutes ces fameuses Id\u00e9es \u00e0 partir desquelles Il aurait cr\u00e9\u00e9 le monde mat\u00e9riel et \u00e0 partir desquelles Il le gouvernerait. Un monde que chacun pourrait atteindre en entrant en lui-m\u00eame par la foi. Tandis que d\u2019autres, jusqu\u2019\u00e0 Sartre, le transformeront en pr\u00e9curseur de l\u2019esprit libre et de la pens\u00e9e la\u00efque, pourchassant avec son \u00ab&nbsp;<em>connais-toi toi-m\u00eame<\/em>&nbsp;\u00bb les opinions fausses sans distinguer les domaines sacr\u00e9s et profanes, s\u2019opposant ainsi aux partisans de la religion polyth\u00e9iste grecque, \u00e0 toute \u00e9glise, \u00e0 toute religion, \u00e0 tout pouvoir au nom de la conscience.<\/p>\n\n\n\n<p>Finalement, chacun devrait s\u2019accorder \u00e0 voir en Socrate un martyr de la libert\u00e9, le premier martyr de la philosophie, condamn\u00e9 \u00e0 mort pour avoir exerc\u00e9 sa libert\u00e9 de conscience.<\/p>\n\n\n\n<h2>2. Socrate, un aristocrate ennemi de la d\u00e9mocratie<\/h2>\n\n\n\n<p>Socrate na\u00eet \u00e0 Ath\u00e8nes en -470. Contrairement \u00e0 la l\u00e9gende, il ne fut pas un pauvre h\u00e8re, un sans-abri, qui se serait balad\u00e9 sa besace sur le dos, m\u00e9prisant la politique et les richesses, ce que furent les seuls cyniques<a href=\"#sdfootnote5sym\"><sup>5<\/sup><\/a>. Ce fut un citoyen d\u2019Ath\u00e8nes actif et riche, propri\u00e9taire d\u2019esclaves. Dans la guerre du P\u00e9loponn\u00e8se (-431 \u00e0 -404) qui opposa Ath\u00e8nes et sa Ligue de D\u00e9los aux alli\u00e9s de Sparte dans la Ligue du P\u00e9loponn\u00e8se, il n\u2019est d\u2019ailleurs pas un simple fantassin, comme le sont les Ath\u00e9niens aux faibles revenus, mais \u00ab&nbsp;<em>hoplite<\/em>&nbsp;\u00bb, ce corps d\u2019\u00e9lite r\u00e9serv\u00e9 aux aristocrates des familles riches capables d\u2019assumer des co\u00fbts d\u2019\u00e9quipement \u00e9lev\u00e9s, comme le casque, la cuirasse, la lance\u2026.<\/p>\n\n\n\n<p>Son p\u00e8re, Sophronisque n\u2019\u00e9tait pas un aristocrate richissime mais il avait amass\u00e9 une coquette fortune dont Socrate h\u00e9ritera. Artisan important, il \u00e9tait peut-\u00eatre tailleur de pierre. Adversaire politique du camp d\u00e9mocrate, il \u00e9tait tr\u00e8s engag\u00e9 dans les d\u00e9bats politiques contre le camp d\u00e9mocrate. C\u2019\u00e9tait un ami de Lysimaque, le fils d\u2019Aristide, lui-m\u00eame chef du parti des aristocrates favorables \u00e0 l\u2019abolition de la d\u00e9mocratie et au retour \u00e0 la gouvernance archa\u00efque, nostalgiques des Ma\u00eetres de V\u00e9rit\u00e9 et des Pr\u00eatres-rois. Ce que l\u2019on appelle le camp des oligarques. Aristide avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lu \u00e0 la magistrature supr\u00eame en \u2013 489 contre le camp d\u00e9mocrate conduit par Th\u00e9mistocle, puis banni en -483 par les d\u00e9mocrates, avant d\u2019\u00eatre rappel\u00e9 en -480 quand survient la guerre avec les Perses car c\u2019\u00e9tait aussi un excellent strat\u00e8ge.<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e8re de Socrate, Ph\u00e9nar\u00e8te, \u00e9tait issue d\u2019une des plus vieilles familles aristocratiques d\u2019Ath\u00e8nes qui remontait, selon la l\u00e9gende ath\u00e9nienne, \u00e0 la fondation de la ville par les Ioniens vers le X\u00e8me si\u00e8cle avant J.-C. et \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la monarchie \u00e9lective organis\u00e9e par l\u2019aristocratie qui d\u00e9signait chaque ann\u00e9e neuf d\u2019entre eux pour gouverner la population qui n\u2019avait aucun droit. Elle est parfois d\u00e9crite comme \u00ab&nbsp;<em>sage-femme&nbsp;<\/em>\u00bb dans quelques textes, terme ce qui ne doit pas nous tromper sur sa situation sociale. Elle intervenait peut-\u00eatre lors des accouchements mais certainement pas comme infirmi\u00e8re, plut\u00f4t comme magicienne ou amie. Certains interpr\u00e8tes pensent qu\u2019il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019un clin d\u2019\u0153il en relation avec la m\u00e9thode de Socrate qui pr\u00e9tendait faire accoucher les individus de la v\u00e9rit\u00e9 qu\u2019ils auraient en eux, m\u00e9thode appel\u00e9e \u00ab&nbsp;<em>ma\u00efeutique&nbsp;<\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019aristocrate Socrate grandit dans un monde troubl\u00e9 par les conflits militaires, politiques et culturels qui annoncent la fin de \u00ab&nbsp;<em>l\u2019\u00e2ge d\u2019or&nbsp;<\/em>\u00bb ath\u00e9nien, celui qui avait permis le d\u00e9veloppement sans pr\u00e9c\u00e9dent des Cit\u00e9s grecques apr\u00e8s leur victoire contre les Perses en &#8211; 479.<\/p>\n\n\n\n<p>A la pointe de cette avanc\u00e9e spectaculaire de la Gr\u00e8ce, se trouve Ath\u00e8nes. Tourn\u00e9e vers les arts et les lettres, au grand dam de Socrate et de ses amis du camp oligarque, mais aussi vers la puissance, Ath\u00e8nes construit peu \u00e0 peu un empire qui soumet \u00e0 son diktat les cit\u00e9s alli\u00e9es, malgr\u00e9 son statut de d\u00e9mocratie et malgr\u00e9 le fait que certaines de ces Cit\u00e9s aient adopt\u00e9 le r\u00e9gime d\u00e9mocratique elles-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui, au passage, comme je l\u2019ai d\u00e9montr\u00e9 ailleurs, ruine la th\u00e8se d\u00e9fendue par Michael Doyle<a href=\"#sdfootnote6sym\"><sup>6<\/sup><\/a> selon laquelle les d\u00e9mocraties ne se font pas la guerre. Th\u00e8se reprise par bien des th\u00e9oriciens qui confondent valeurs et mode de gouvernance car la d\u00e9mocratie, le \u00ab&nbsp;<em>pouvoir du peuple<\/em>&nbsp;\u00bb, est seulement une technique de gouvernement celui qui se caract\u00e9rise par le \u00ab&nbsp;pouvoir&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;<em>cratos<\/em>&nbsp;\u00bb) du \u00ab&nbsp;peuple&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;<em>demos<\/em>&nbsp;\u00bb). Il n\u2019est pas n\u00e9cessairement associ\u00e9 \u00e0 la valeur de libert\u00e9. Car il n\u2019est pas vrai qu\u2019un pouvoir issu de la majorit\u00e9 soit n\u00e9cessairement du c\u00f4t\u00e9 de libert\u00e9 et, moins encore que \u00ab&nbsp;<em>Vox Populi<\/em>&nbsp;\u00bb soit \u00ab&nbsp;<em>Vox Dei<\/em>&nbsp;\u00bb. L\u2019histoire de la d\u00e9mocratie, h\u00e9las ! le montrera souvent&nbsp;par la suite, un \u00ab&nbsp;<em>peuple<\/em>&nbsp;\u00bb peut facilement se laisser emporter aux pires errances et soutenir les Caligula, N\u00e9ron ou Hitler plut\u00f4t que les droits individuels et celui des nations. D\u00e8s Ath\u00e8nes, cela \u00e9tait vrai, la population commettant nombre d\u2019exactions vot\u00e9es \u00e0 la majorit\u00e9 sous l\u2019influence des d\u00e9magogues.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet imp\u00e9rialisme ath\u00e9nien et les pr\u00e9l\u00e8vements qui vont avec, certaines cit\u00e9s l\u2019acceptent, d\u2019autres non. Ainsi survient la guerre du P\u00e9loponn\u00e8se (-431 \u00e0 \u2013 404). D\u2019un c\u00f4t\u00e9, les alli\u00e9s de Sparte qui refusent cet imp\u00e9rialisme, de l\u2019autre ceux d\u2019Ath\u00e8nes qui l\u2019acceptent avec plus ou moins d\u2019entrain, souvent forc\u00e9s. Symbole de la fin de cette \u00e9poque classique&nbsp;: P\u00e9ricl\u00e8s. Cet homme politique d\u00e9test\u00e9 par les aristocrates, Socrate en particulier, est mort un peu avant le d\u00e9but de la guerre, en -429. Peut-\u00eatre cette guerre n\u2019aurait-elle pas eu lieu si ce personnage politique, d\u00e9magogue mais toujours calculateur et prudent, avait \u00e9t\u00e9 en vie. Quoi qu\u2019il en soit, la guerre a lieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Socrate d\u00e9veloppe alors sa philosophie, se bat pour Ath\u00e8nes par patriotisme mais d\u00e9fend des th\u00e8ses proches de celles des aristocrates qui gouvernent Sparte et qui le rendent suspect aupr\u00e8s de nombre de ses concitoyens. Il occupe des fonctions politico-sociales importantes \u00e0 Ath\u00e8nes. En 406, il est ainsi encore d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 par sa tribu pour se charger, avec 49 autres d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s (\u00ab&nbsp;<em>prytanes<\/em>&nbsp;\u00bb), des affaires courantes de la Cit\u00e9 pendant la Guerre du P\u00e9loponn\u00e8se. A ce titre comme chef politique, et le temps de sa fonction, il est log\u00e9 gratuitement \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019endroit o\u00f9 se r\u00e9unissait l\u2019assembl\u00e9e charg\u00e9e des lois de la Cit\u00e9, la \u00ab&nbsp;<em>Boul\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb. Il faudra nous en souvenir pour comprendre sa demande d\u2019\u00eatre \u00e0 nouveau log\u00e9 et nourri gratuitement part Ath\u00e8nes lors de son proc\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019opposition entre le camp d\u00e9mocrate et le camp aristocratique devient d\u2019une extr\u00eame violence, notamment \u00e0 partir de \u2013 415. Les gouvernements se succ\u00e8dent avec des coups d\u2019\u00c9tat et des assassinats en nombre.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette opposition de Socrate au camp d\u00e9mocrate est particuli\u00e8rement perceptible quand il sera le seul prytane \u00e0 s\u2019opposer au proc\u00e8s et \u00e0 la peine de mort des g\u00e9n\u00e9raux apr\u00e8s la bataille des \u00eeles Arginuses, durant l\u2019\u00e9t\u00e9 \u2013 406. Ce fut une grande victoire maritime contre Sparte mais le parti d\u00e9mocrate prit peur car il craignait que les amiraux ath\u00e9niens victorieux, proches du parti oligarque, ne profitent de leur popularit\u00e9 pour abolir la d\u00e9mocratie et prendre le pouvoir \u00e0 leur retour&nbsp;; ce qui n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessairement faux vu les crises successives. Les d\u00e9mocrates pr\u00e9tendirent donc que ces amiraux strat\u00e8ges avaient volontairement laiss\u00e9 sans secours les marins ath\u00e9niens tomb\u00e9s en mer, les laissant se noyer et qu\u2019ils avaient m\u00eame refus\u00e9 de r\u00e9cup\u00e9rer leurs corps. En v\u00e9rit\u00e9, une terrible temp\u00eate s\u2019\u00e9tait lev\u00e9e \u00e0 la fin de la bataille interdisant secours et tentative de r\u00e9cup\u00e9ration des morts. Le camp d\u00e9mocrate exigea et obtint donc le proc\u00e8s. Sur 8 amiraux, 6 revinrent, les deux autres, Aristog\u00e8ne et Protomarque jugeant le risque d\u2019\u00eatre condamn\u00e9 \u00e0 mort trop \u00e9lev\u00e9, connaissant leur histoire d\u2019Ath\u00e8nes, s\u2019enfuirent prudemment. Le proc\u00e8s donna lieu \u00e0 une d\u00e9magogie implacable, avec les parents des disparus en mer qui t\u00e9moignaient en deuil, en noir le cr\u00e2ne ras\u00e9, avec larmes et exigences de vengeance. Malgr\u00e9 l\u2019opposition de Socrate, les 6 g\u00e9n\u00e9raux furent condamn\u00e9s \u00e0 mort et ex\u00e9cut\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Sparte et ses alli\u00e9s gagnent la guerre peu apr\u00e8s, on le sait. Les spartiates installent alors une garnison d\u2019occupation \u00e0 Ath\u00e8nes et imposent militairement, en \u2013 404, un r\u00e9gime oligarchique de terreur, la Tyrannie des Trente. Elle est appel\u00e9e ainsi du nom de ces 30 magistrats du parti oligarchique qui prennent le pouvoir pendant un an avec l\u2019appui de Sparte.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, elle s\u2019exerce sous la direction de Th\u00e9ram\u00e8ne et Critias, pr\u00e9cis\u00e9ment disciple et cousin de Socrate, puis de Charmide, un autre disciple de Socrate. Sans que celui-ci ait protest\u00e9, ces Trente r\u00e9duisent \u00e0 3 000 le nombre des citoyens, font voter une loi autorisant le gouvernement \u00e0 ex\u00e9cuter ceux qui ne font pas partie des 3 000, ex\u00e9cutent plus de 1500 d\u00e9mocrates sur une population de 40 000. Ils condamnent m\u00eame \u00e0 mort Th\u00e9ram\u00e8ne, pourtant initiateur des Trente et partisan de l\u2019oligarchie, g\u00e9n\u00e9ral courageux et bon n\u00e9gociateur, jug\u00e9 trop mod\u00e9r\u00e9 par Critias. Il est contraint de boire le fameux poison, la cig\u00fce, sans que Socrate n\u2019y trouve rien \u00e0 dire. Pourtant, Socrate est si influent dans ce parti oligarque qu\u2019il peut refuser l\u2019ordre qui lui est donn\u00e9 d\u2019arr\u00eater un proscrit sans \u00eatre inqui\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est sans doute \u00e0 lui que l\u2019on doit l\u2019objectif de son disciple Critias de remplacer la constitution d\u00e9mocratique d\u2019Ath\u00e8nes par la \u00ab&nbsp;<em>constitution des anc\u00eatres<\/em> (\u00ab&nbsp;<em>patrios politeia&nbsp;<\/em>\u00bb), que les dirigeants de Sparte emmen\u00e9s par le g\u00e9n\u00e9ral Lysandre voulaient imposer \u00e0 Ath\u00e8nes. Il s\u2019agissait de revenir \u00e0 l\u2019\u00e9poque pr\u00e9c\u00e9dent les lois de Solon (640-558), \u00e0 l\u2019\u00e9poque archa\u00efque, celle o\u00f9 gouvernaient aristocrates et Ma\u00eetres de V\u00e9rit\u00e9, voire pr\u00eatre-rois. On ne s\u2019\u00e9tonnera pas de voir ce projet de \u00ab&nbsp;<em>constitution des anc\u00eatres<\/em>&nbsp;\u00bb, plus tard d\u00e9fendu par Platon \u00e0 la fin de sa vie dans son ouvrage dogmatique <em>Les Lois<\/em><em><a href=\"#sdfootnote7sym\"><sup>7<\/sup><\/a><\/em><em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Mais la chute de la tyrannie des Trente, apr\u00e8s un an d\u2019exactions, et le retour \u00e0 la d\u00e9mocratie \u00e0 la suite d\u2019une op\u00e9ration militaire men\u00e9e par les troupes de Thrasybule, sonne le temps des r\u00e8glements de comptes contre ceux qui ont soutenu ce gouvernement tyrannique. Les partisans du r\u00e9gime aristocratique et de la dictature des Trente sont logiquement suspect\u00e9s d\u2019\u00eatre des ennemis de la d\u00e9mocratie et des partisans de Sparte. Critias, Charmide et bien d\u2019autres sont tu\u00e9s dans les combats ou ex\u00e9cut\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9cision d\u00e9mocratique, prise \u00e0 bulletins secrets, de condamner \u00e0 mort Socrate n\u2019est donc pas l\u2019effet d\u2019une ignorance, voire d\u2019une m\u00e9fiance envers \u00ab&nbsp;<em>La<\/em>&nbsp;\u00bb philosophie comme le pr\u00e9tend la tradition. Elle est l\u2019expression d\u2019une d\u00e9cision r\u00e9fl\u00e9chie envers un homme qui a montr\u00e9 durant toute sa vie son opposition ferme \u00e0 la d\u00e9mocratie et sa volont\u00e9 de revenir \u00e0 la p\u00e9riode archa\u00efque. Et, nous allons y revenir tout de suite, elle est la prise en compte de ce \u00ab&nbsp;<em>connais-toi toi-m\u00eame<\/em>&nbsp;\u00bb dont aucun d\u00e9mocrate ath\u00e9nien, les sophistes en premier, ne pouvait ignorer le sens.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2>3. L\u2019\u00e9tape 1&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>je sais que je ne sais rien<\/em>&nbsp;\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p>Sur la route du \u00ab&nbsp;<em>connais-toi toi-m\u00eame<\/em>&nbsp;\u00bb socratique, il y a deux \u00e9tapes, s\u00e9par\u00e9e par un saut, La premi\u00e8re \u00e9tape consiste \u00e0 d\u00e9gager le terrain, \u00e0 se d\u00e9faire des faux savoirs qui encombreraient les cerveaux de ses contemporains. La formule qui r\u00e9sume cette premi\u00e8re \u00e9tape est : \u00ab&nbsp;<em>je sais que je ne sais rien&nbsp;<\/em>\u00bb. La seconde est l\u2019entr\u00e9e dans le monde des Id\u00e9es, qui est celui de la V\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord le \u00ab&nbsp;<em>Je sais que je ne sais rien&nbsp;<\/em>\u00bb. Que signifie donc ce <em>\u00ab&nbsp;je sais<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;? Au-del\u00e0 de cette contradiction logique que si l\u2019on ne sait rien on ne devrait pas m\u00eame pouvoir \u00ab&nbsp;<em>savoir<\/em>&nbsp;\u00bb que l\u2019on ne sait rien, l\u2019objectif de Socrate est-il bien le \u00ab&nbsp;<em>savoir&nbsp;<\/em>\u00bb,&nbsp;comme cela fut si souvent \u00e9crit ? Si oui, que peut bien signifier ce mot \u00ab&nbsp;<em>savoir&nbsp;<\/em>\u00bb&nbsp;? Car Socrate le r\u00e9p\u00e8te, le \u00ab&nbsp;<em>savoir&nbsp;<\/em>\u00bb ne passe pas par l\u2019exp\u00e9rience et la V\u00e9rit\u00e9 n\u2019est pas de ce monde. Comment alors acc\u00e9der au savoir&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Par une m\u00e9thode. La fameuse m\u00e9thode d\u2019examen (\u00ab&nbsp;<em>ex\u00e9tasis&nbsp;\u00bb<\/em>) utilis\u00e9e par Socrate, la \u00ab&nbsp;<em>r\u00e9futation<\/em>&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;<em>elenchos<\/em>&nbsp;\u00bb). L\u2019id\u00e9e serait qu\u2019il faudrait commencer par nous d\u00e9barrasser de tout ce que nous avons appris. Non pas en mettant entre parenth\u00e8ses ou en doutant, mais en abolissant ce qui a \u00e9t\u00e9 acquis.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019objectif principal du \u00ab&nbsp;<em>je sais que je ne sais rien&nbsp;<\/em>\u00bb est de d\u00e9montrer aux citoyens, int\u00e9ress\u00e9s par la recherche de la v\u00e9rit\u00e9 et de la moralit\u00e9, l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019y parvenir par le chemin de l\u2019observation, de l\u2019exp\u00e9rience, des techniques, des sciences physiques. L\u2019objectif de la m\u00e9thode n\u2019est pas de parvenir aux connaissances de l\u2019astronomie ou de la physique qui s\u2019\u00e9garent dans le monde sensible illusoire. Il n\u2019est pas la connaissance m\u00e9dicale qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 ce corps, \u00ab&nbsp;<em>tombeau de l\u2019\u00e2me&nbsp;<\/em>\u00bb comme le disaient d\u00e9j\u00e0 avant lui les 7 Sages. Il n\u2019est pas de parvenir \u00e0 poser les conditions d\u2019une bonne d\u00e9lib\u00e9ration pour choisir le meilleur possible dans la Cit\u00e9, comme le voudra Aristote. Il est de parvenir \u00e0 nettoyer les esprits de ce qui va leur permettre d\u2019acc\u00e9der au second moment, celui du basculement dans la V\u00e9rit\u00e9 qui exige l\u2019abandon du monde sensible et l\u2019ouverture au monde suprasensible.<\/p>\n\n\n\n<p>Et contrairement \u00e0 la l\u00e9gende rapport\u00e9e pas les modernes, les math\u00e9matiques elles-m\u00eames seraient une illusion quand elles sont con\u00e7ues comme science formelle ou outil&nbsp;des sciences. Les \u00ab&nbsp;<em>math\u00e9matiques&nbsp;<\/em>\u00bb et la g\u00e9om\u00e9trie particuli\u00e8rement, n\u2019ont rien \u00e0 voir avec les math\u00e9matiques scientifiques&nbsp;; le mot \u00ab&nbsp;<em>math\u00e9matique<\/em>&nbsp;\u00bb cache deux r\u00e9alit\u00e9s distinctes&nbsp;; dans le cas socratique et plus tard platonicien, comme cela l\u2019\u00e9tait pour Pythagore, les math\u00e9matiques n\u2019ont d\u2019autre int\u00e9r\u00eat que d\u2019ouvrir par une mystique du nombre au monde de la \u00ab&nbsp;V\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb(al\u00e8th\u00e9ia), qui avait \u00e9t\u00e9 c\u00e9l\u00e9br\u00e9 par Parm\u00e9nide.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00ab&nbsp;<em>ironie&nbsp;<\/em>\u00bb socratique, curieusement c\u00e9l\u00e9br\u00e9e par la modernit\u00e9 comme une marque de la libert\u00e9 de l\u2019esprit, est indissociable de ce projet de s\u2019opposer \u00e0 ces d\u00e9couvertes scientifiques, techniques, politiques, issues de la recherche de la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 partir du monde tel qu\u2019il appara\u00eet, ce monde dit des \u00ab&nbsp;<em>apparences<\/em>&nbsp;\u00bb. Elle consiste \u00e0 ruiner toute pens\u00e9e qui croit en l\u2019artifice et pense l\u2019avenir sur la cr\u00e9ativit\u00e9 humaine. Pour d\u00e9gager la voie, la m\u00e9thode socratique consiste d\u2019abord \u00e0 amener les opposants, les sophistes en premier lieu, \u00e0 se contredire ou \u00e0 d\u00e9fendre des positions difficilement acceptables pour les autres citoyens. L\u2019objectif ici est de ruiner la l\u00e9gitimit\u00e9 de ces philosophes qui pr\u00e9tendent conduire les citoyens vers le bonheur par la recherche des richesses, du pouvoir ou des plaisirs.<\/p>\n\n\n\n<p>La dialectique est entre les mains de Socrate une arme sceptique contre les activit\u00e9s de ses contemporains qui, entrain\u00e9s par les sophistes, croient en la puissance humaine. Elle permet de d\u00e9noncer la d\u00e9rive volontariste et rationaliste des sophistes qui gangr\u00e8nerait la jeunesse des Cit\u00e9s. Il voit dans la course aux artifices humains, des institutions aux techniques, dans le constructivisme, l\u2019opposition la plus radicale \u00e0 la V\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Socrate dialogue donc mais \u00e0 sa fa\u00e7on. Car il ne r\u00e9pond gu\u00e8re lui-m\u00eame aux questions qui lui sont pos\u00e9es, comme Thrasymaque et bien d\u2019autres le lui reprochent, \u00e0 juste raison, dans la R\u00e9publique<a href=\"#sdfootnote8sym\"><sup>8<\/sup><\/a>. Sa parole-dialogue est une arme retourn\u00e9e contre le monde de la parole-dialogue qui construit les Cit\u00e9s et croit en la puissance humaine. Cela \u00e0 la fa\u00e7on dont il utilise les r\u00e8gles d\u00e9mocratiques, dont la libert\u00e9 d\u2019expression donn\u00e9e \u00e0 tous les citoyens, comme moyen pour combattre la d\u00e9mocratie et son principe d\u2019\u00e9galit\u00e9 de tous devant la loi afin de permettre un retour vers un syst\u00e8me politique de type oligarchique ou, mieux encore, de type Pr\u00eatre-roi ou de \u00ab&nbsp;<em>philosophe<\/em>&#8211;<em>roi<\/em>&nbsp;\u00bb qui en est, avec Platon, la forme \u00e0 peine la\u00efcis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>A la diff\u00e9rence d\u2019Aristote qui va prendre les artifices humains au s\u00e9rieux et qui va \u00e9tudier les modes de communication interhumains qui permettent de d\u00e9lib\u00e9rer raisonnablement et de choisir, Socrate nomme vagabondages dans le <em>Gorgias<\/em> tous les outils de communication comme la \u00ab&nbsp;<em>rh\u00e9torique<\/em>&nbsp;\u00bb, l\u2019\u00ab&nbsp;<em>\u00e9ristique<\/em>&nbsp;\u00bb, l\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>art de persuader<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Et dans les discussions avec ses contemporains, s\u2019il utilise le mythe et l\u2019all\u00e9gorie pour s\u00e9duire ce n\u2019est que par ruse pour conduire ses interlocuteurs \u00e0 rejeter ce qu\u2019il croit \u00eatre l\u2019illusion supr\u00eame, celle d\u2019un humain mesure de toute chose comme le professaient certains sophistes comme Protagoras. La mesure de toutes choses ne serait pas l\u2019humanit\u00e9 pour Socrate mais le Bien en soi. Ce Bien \u00e0 partir duquel on pourrait construire les cit\u00e9s justes, avec une constitution juste, dirig\u00e9s par les quelques heureux qui y auraient eu acc\u00e8s. Suivre une autre voie que celle de ceux qui ont pu acc\u00e9der au monde de la V\u00e9rit\u00e9, serait donc condamner la cit\u00e9 \u00e0 sa perte, vivre soi-m\u00eame dans l\u2019immoralit\u00e9 et, finalement, se condamner soi-m\u00eame apr\u00e8s la mort.<\/p>\n\n\n\n<h2>3. Second moment de la m\u00e9thode socratique : le saut<\/h2>\n\n\n\n<p>Mais le \u00ab&nbsp;<em>je sais que je ne sais rien&nbsp;<\/em>\u00bb&nbsp;est seulement une \u00e9tape. Quand l\u2019individu humain ne sait plus rien, quand il est d\u00e9barrass\u00e9 des pr\u00e9tendues illusions du monde, comment avancer&nbsp;? Cela ne se peut pas par des efforts, par un progr\u00e8s qui irait d\u2019un point vers un autre par des d\u00e9monstrations comme dans les sciences.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s le \u00ab&nbsp;<em>je sais que je ne sais rien&nbsp;<\/em>\u00bb, pour avancer,&nbsp;pour franchir la muraille, pour s\u2019\u00e9lever avec son esprit au-del\u00e0 des apparences, il faut changer de m\u00e9thode.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est alors que Socrate en appelle \u00e0 un saut, \u00e0 une rupture qualitative. Ce saut individuel est pour lui la condition imp\u00e9rative pour parvenir dans la clairi\u00e8re de l\u2019\u00catre, l\u00e0 o\u00f9 tout se d\u00e9couvre.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u00e0 un message constant de Socrate, explicite dans quelques all\u00e9gories, comme celles de la caverne dans <em>La<\/em> <em>R\u00e9publique<\/em> ou de l\u2019attelage ail\u00e9 dans le <em>Ph\u00e8dre<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ce saut, l\u2019\u00e9blouissement attend d\u2019abord celui qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve vers le monde divin, celui des Id\u00e9es, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre d\u00e9gag\u00e9 des illusions de la caverne. Car la V\u00e9rit\u00e9, qui soudain surgit, l\u2019\u00e9blouit.<\/p>\n\n\n\n<p>Le \u00ab&nbsp;<em>connais-toi toi-m\u00eame&nbsp;<\/em>\u00bb est ce saut. Il est un appel \u00e0 se d\u00e9tacher de toutes les activit\u00e9s de transformation du monde, des relations sociales, du corps propre et cela pour entrer en soi.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il ne faut donc pas se tromper sur la nature de ce \u00ab&nbsp;<em>toi-m\u00eame <\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne s\u2019agit pas de conna\u00eetre le \u00ab&nbsp;<em>moi&nbsp;<\/em>\u00bb de l\u2019individu qui vit ici et maintenant. Aucune science n\u2019est ici \u00e0 l\u2019horizon. Ce \u00ab&nbsp;<em>moi&nbsp;<\/em>\u00bb qui est celui du corps anim\u00e9 vivant dans le monde sensible et dont se pr\u00e9occupent sciences m\u00e9dicales ou soins, le \u00ab&nbsp;<em>Je sais que je ne sais rien&nbsp;<\/em>\u00bb nous en a d\u00e9barrass\u00e9. La V\u00e9rit\u00e9 n\u2019est pas \u00e0 constituer ou \u00e0 rechercher par une suite d\u2019essais et d\u2019erreurs, d\u2019observations et d\u2019exp\u00e9rimentations sur le corps ou par une action dans le monde sensible.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour saisir ce qui se joue, il n\u2019est pas inutile de se reporter \u00e0 certaines pens\u00e9es mystiques, \u00e0 certains moments d\u2019extase voire \u00e0 certaines c\u00e9l\u00e9brations religieuses de nos contemporains. Le saut consisterait \u00e0 s\u2019ouvrir \u00e0 la V\u00e9rit\u00e9, \u00e0 lui laisser p\u00e9n\u00e9trer l\u2019esprit contre les bruits de la caverne et les errances du corps car \u00ab&nbsp;<em>la v\u00e9rit\u00e9 des choses est en nous&nbsp;<\/em>\u00bb<em> <a href=\"#sdfootnote9sym\"><sup>9<\/sup><\/a><\/em>mais, emprisonn\u00e9 dans le monde sensible o\u00f9 vit le corps anim\u00e9, nous ne la savions pas.<\/p>\n\n\n\n<p>La V\u00e9rit\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, il faudrait la recevoir puis la d\u00e9clarer. Elle se dit en nous, en \u00ab&nbsp;<em>toi-m\u00eame&nbsp;<\/em>\u00bb, lorsque nous sortons du monde sensible par l\u2019esprit et retrouvons ce qui serait le v\u00e9rtiable \u00ab&nbsp;soi-m\u00eame&nbsp;\u00bb, celui qui n\u2019a plus de liens avec le monde sensible.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment ce saut vers la V\u00e9rit\u00e9 est-il possible&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Socrate pose la pr\u00e9sence de l\u2019esprit divin en \u00ab&nbsp;<em>soi-m\u00eame<\/em>&nbsp;\u00bb. Chacun serait habit\u00e9 par le \u00ab&nbsp;<em>D\u00e9mon&nbsp;<\/em>\u00bb ou le \u00ab&nbsp;<em>Da\u00efmon&nbsp;<\/em>\u00bb&nbsp;; ce qui s\u00e9duira beaucoup d\u2019interpr\u00e8tes des religions monoth\u00e9istes qui le traduiront par \u00ab&nbsp;<em>conscience&nbsp;<\/em>\u00bb et \u00ab&nbsp;<em>esprit&nbsp;<\/em>\u00bb, ignorant le sens et la puissance de la pens\u00e9e archa\u00efque dans le socratisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce \u00ab&nbsp;<em>Da\u00efmon&nbsp;<\/em>\u00bb en nous, auquel se r\u00e9f\u00e8re Socrate dans le <em>Criton<\/em> ou l\u2019<em>Apologie de Socrate<\/em>, serait la montgolfi\u00e8re par laquelle, celui qui aurait rompu avec le moi sensible pourrait s\u2019acc\u00e9der pour s\u2019ouvrir au suprasensible \u00ab&nbsp;<em>par<\/em>&nbsp;\u00bb lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cet \u00e9gard l\u2019erreur majeure des Plotin, Eus\u00e8be et Orose, et de bien d\u2018autres jusqu\u2019\u00e0 Montaigne et Sartre, est de n\u2019avoir pas saisi que pour Socrate ce \u00ab&nbsp;<em>Da\u00efmon<\/em>&nbsp;\u00bb n\u2019est en rien un esprit individuel, la marque d\u2019une libert\u00e9 singuli\u00e8re, la preuve d\u2019une conscience \u00e9chappant \u00e0 l\u2019espace et au temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est seulement la d\u00e9couverte par chaque \u00eatre humain qu\u2019il est lui-m\u00eame une apparence. Rentrant en lui-m\u00eame, \u00e9vacuant tout ce qu\u2019il avait appris, il se d\u00e9couvre r\u00e9ceptacle du \u00ab&nbsp;<em>da\u00efmon<\/em>&nbsp;\u00bb qui tire les ficelles, marque de ce monde suprasensible, universel et anonyme des Id\u00e9es-V\u00e9rit\u00e9 qui gouverne le monde. Le saut arrive quand les humains se d\u00e9couvrent des ombres dans la caverne, marionnettes d\u2019un monde vrai auquel ils ne peuvent qu\u2019adh\u00e9rer et dispara\u00eetre comme individus dans cette adh\u00e9sion.<\/p>\n\n\n\n<p>A cet \u00e9gard, il a \u00e9t\u00e9 beaucoup \u00e9crit sur une pr\u00e9tendue rupture de Socrate avec H\u00e9raclite. Pour H\u00e9raclite, le chemin de la v\u00e9rit\u00e9 consistait aussi en un saut. Il s\u2019agissait de d\u00e9passer cette perception illusoire o\u00f9 nous pourrions croire possible d\u2019atteindre la V\u00e9rit\u00e9 en partant du sensible. Il pr\u00f4nait dans son \u00e9cole un mysticisme o\u00f9 le vrai savoir devait conduire les individus \u00e0 adh\u00e9rer \u00e0 l\u2019ordre divin afin de dispara\u00eetre comme sujet pensant, en se laissant aspirer dans le vrai monde, celui des divinit\u00e9s tut\u00e9laires, l\u00e0 o\u00f9 tout devrait s\u2019\u00e9clairer dans l\u2019\u00catre, en particulier l\u2019illusion et l\u2019harmonie des oppos\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Il a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 beaucoup \u00e9crit sur l\u2019opposition de Socrate avec Parm\u00e9nide qui, \u00e0 l\u2019inverse d\u2019H\u00e9raclite, balayant d\u2019un revers de manche le mouvement, exigerait d\u2019adh\u00e9rer directement \u00e0 la V\u00e9rit\u00e9 o\u00f9 se tiennent les divinit\u00e9s. Il s\u2019agit l\u00e0 encore, de trouver la V\u00e9rit\u00e9 par un saut. L&nbsp;\u2018\u00catre est, le non-\u00catre n\u2019est pas, et celui qui recherche la V\u00e9rit\u00e9 doit adh\u00e9rer \u00e0 l\u2019\u00catre sans discours, sans raisonnement, imm\u00e9diatement. Alors, les illusions du mouvement dans le monde et la croyance en une existence des humains comme sujets seraient remplac\u00e9es par la r\u00e9ception imm\u00e9diate du discours divin en nous, le vrai \u00ab&nbsp;<em>Logos&nbsp;<\/em>\u00bb, la V\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Si Socrate prend des chemins diff\u00e9rents, si, \u00e0 la diff\u00e9rence de Parm\u00e9nide et Parm\u00e9nide, il part du sujet humain, son objectif est bien le m\u00eame. Son opposition radicale n\u2019est pas avec H\u00e9raclite ou Parm\u00e9nide mais avec les sophistes. Ceux-ci refusent le saut. Ils admettent la v\u00e9rit\u00e9 de ce monde sensible et appellent pens\u00e9e vraie celle qui cherche \u00e0 \u00eatre efficace pour transformer le monde, augmenter la puissance individuelle, parvenir au succ\u00e8s. V\u00e9ritable sagesse pratique selon eux, pire des illusions pour Socrate.<\/p>\n\n\n\n<p>A la fin,<em>\u00ab&nbsp;je sais que je ne sais rien&nbsp;\u00bb <\/em>n\u2019est plus seulement la formule sceptique qui visait \u00e0 vider la m\u00e9connaissance qui encombrait les esprits, mais elle devient l\u2019expression d\u2019un individu qui se d\u00e9couvre ombre et qui, adh\u00e9rant \u00e0 l\u2019esprit-<em>da\u00efmon<\/em> qui est en lui, d\u00e9couvre la puissance tut\u00e9laire qui l\u2019habite.<\/p>\n\n\n\n<p>Par cette rupture et ce saut, il d\u00e9couvre que le \u00ab&nbsp;<em>da\u00efmon<\/em>&nbsp;\u00bb n\u2019est pas un \u00eatre singulier qui serait \u00ab&nbsp;<em>de lui&nbsp;<\/em>\u00bb mais une parcelle de ce monde de la V\u00e9rit\u00e9 \u00ab&nbsp;<em>en lui&nbsp;<\/em>\u00bb, qui agit par lui et lui sait par elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a donc bien qu\u2019un chemin, celui de l\u2019intuition, pour s\u2019arracher au monde illusoire tout comme le dira plus tard Spinoza qui a h\u00e9rit\u00e9 de ce bagage socratique et platonicien plus qu\u2019on ne le croit, malgr\u00e9 l\u2019interpr\u00e9tation insoutenable des \u00ab&nbsp;mat\u00e9rialistes&nbsp;\u00bb <a href=\"#sdfootnote10sym\"><sup>10<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9bloui par&nbsp;la lumi\u00e8re de la V\u00e9rit\u00e9, l\u2019individu s\u2019ouvre \u00e0 elle et se d\u00e9couvre mu par le \u00ab&nbsp;<em>da\u00efmon&nbsp;<\/em>\u00bb. Il lui reste alors \u00e0 jeter son Moi illusoire et \u00e0 adh\u00e9rer \u00e0 ce monde suprasensible de la V\u00e9rit\u00e9, d\u2019o\u00f9 ce \u00ab&nbsp;<em>da\u00efmon&nbsp;<\/em>\u00bb vient et qu\u2019il habite.<\/p>\n\n\n\n<h2>4. Troisi\u00e8me temps&nbsp;: la n\u00e9gation du moi.<\/h2>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s le saut, \u00ab&nbsp;<em>Connais-toi toi-m\u00eame&nbsp;<\/em>\u00bb (\u03b3\u03bd\u1ff6\u03b8\u03b9 \u03c3\u03b5\u03b1\u03c5\u03c4\u03cc\u03bd) devient possible. Et connaitre les dieux une possibilit\u00e9 logique.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019ailleurs, le sens de cette reprise par Socrate de la formule \u00e9tait parfaitement clair pour ses contemporains. En aucune fa\u00e7on, elle n\u2019indiquait le chemin d\u2019un \u00ab&nbsp;<em>souci de soi<\/em>&nbsp;\u00bb comme le pr\u00e9tendra Michel Foucault en 1984 et, encore moins, celui d\u2019une autonomie de la conscience comme le crut Jean-Paul Sartre. Elle s\u2019inscrivait dans la continuit\u00e9 de la formule du temple de Delphes, le plus haut lieu de culte de la pens\u00e9e magico-religieuse grecque. Socrate fait d\u2019ailleurs explicitement r\u00e9f\u00e9rence au temple les rares fois o\u00f9 il est fait allusion \u00e0 la formule sacr\u00e9e. Notons au passage que dans le <em>Charmide<\/em>, son disciple Critias cite la formule mais que Socrate ne la reprend pas \u00e0 son compte \u00e0 l\u2019inverse de deux ouvrages, <em>le Phil\u00e8be<\/em> et le <em>Premier Alcibiade<\/em> o\u00f9 il rappelle l\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>inscription de Delphes<\/em>&nbsp;\u00bb et la n\u00e9cessit\u00e9 de croire cette maxime.<\/p>\n\n\n\n<p>Aurait-il oubli\u00e9 que la formule \u00e9tait \u00ab&nbsp;<em>Connais-toi toi-m\u00eame et tu connaitras l\u2019univers et les d<\/em><em>ieux<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp; et non pas seulement \u00ab&nbsp;<em>connais-toi toi-m\u00eame<\/em>&nbsp;\u00bb? En v\u00e9rit\u00e9, Socrate \u00e9voque toute l\u2019\u00ab&nbsp;<em>inscription de Delphes<\/em>&nbsp;\u00bb et non une partie de cette inscription.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cet \u00e9gard, la tradition qui voudrait le transformer en h\u00e9raut de la conscience libre semble oublier que la Pythie de Delphes a fermement d\u00e9fendu Socrate contre les Ath\u00e9niens lors du proc\u00e8s qui le conduira \u00e0 \u00eatre condamn\u00e9 \u00e0 mort. Non seulement elle affirme qu\u2019il est innocent du point de vue des dieux mais qu\u2019il est aussi \u00ab&nbsp;<em>le plus sage des hommes&nbsp;<\/em>\u00bb. Notons ce fait&nbsp;: la pr\u00eatresse d\u2019Apollon ne dit pas de Socrate qu\u2019il est un \u00ab&nbsp;<em>ami de la sagesse<\/em>&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;<em>philo-sophos&nbsp;<\/em>\u00bb, mais bien un \u00ab&nbsp;<em>sage&nbsp;<\/em>\u00bb, le plus sage, un \u00ab&nbsp;<em>sophos&nbsp;<\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Et loin de nier cette relation au monde magico-religieux archa\u00efque que d\u00e9voile la Pythie, Socrate l\u2019affirme comme allant de soi. Il l\u2019utilise m\u00eame comme argument au cours du proc\u00e8s qui va le condamner \u00e0 mort et s\u2019appelant lui-m\u00eame \u00ab&nbsp;<em>outil de dieu&nbsp;<\/em>\u00bb, ob\u00e9issant \u00e0 la \u00ab&nbsp;<em>mission<\/em>&nbsp;\u00bb confi\u00e9e par Apollon et ne craignant pas la mort pour cela<a href=\"#sdfootnote11sym\"><sup>11<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi Socrate aurait-il menti sur sa croyance en l\u2019arri\u00e8re-monde et sur sa perception qu\u2019il \u00e9tait en \u00ab&nbsp;<em>mission<\/em>&nbsp;\u00bb pour Apollon, et donc sa voix ici-bas, lors de son proc\u00e8s&nbsp;? Socrate n\u2019avait jamais menti, et il pr\u00e9f\u00e9rera la mort \u00e0 la fuite ou au d\u00e9saveu de sa philosophie. Il croyait donc fermement \u00e0 sa position de r\u00e9ceptacle de la parole d\u2019Apollon. Et il est curieux de voir la tradition pr\u00e9f\u00e9rer le faire passer pour un simulateur et oublier les innombrables r\u00e9f\u00e9rences aux dieux dans les discours, y compris, comme dans le <em>Charmid<\/em>e, sa croyance aux incantations pour gu\u00e9rir, au lieu de prendre sa philosophie et la fameuse formule au s\u00e9rieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 d\u2019ailleurs pourquoi, selon la tradition ath\u00e9nienne, quand il lui est demand\u00e9 de proposer une condamnation pour lui-m\u00eame lors de son proc\u00e8s, Socrate exige d\u2019\u00eatre nourri et log\u00e9 gratuitement par la Cit\u00e9. Une provocation&nbsp;? Pas le moins du monde. D\u2019abord, il avait d\u00e9j\u00e0 exp\u00e9riment\u00e9 ce statut lors de ses responsabilit\u00e9s politiques, ensuite, il exerce pr\u00e9cis\u00e9ment ce pr\u00e9cepte \u00ab&nbsp;connais-toi toi-m\u00eame et tu connaitras les dieux&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis le n\u00e9olithique, en effet, les pr\u00eatres-Rois, puis les Ma\u00eetres de V\u00e9rit\u00e9, \u00e9taient log\u00e9s et nourris gratuitement par les Cit\u00e9s. Et Socrate, qui se pense lui aussi envoy\u00e9 par les dieux pour ouvrir le chemin de la moralit\u00e9 et de la sagesse, avant m\u00eame la th\u00e9orisation par Platon du \u00ab&nbsp;<em>philosophe-roi<\/em>&nbsp;\u00bb ou du \u00ab&nbsp;<em>roi-philosophe<\/em>&nbsp;\u00bb qui est la version la\u00efque du Roi de justice, pourrait bien avoir simplement et logiquement repris cette tradition.<\/p>\n\n\n\n<p>Porteur d\u2019une philosophie qui se dit l\u2019expression du monde supra sensible habit\u00e9 par les Dieux, il ne pouvait lors de son proc\u00e8s proposer autre chose qu\u2019\u00eatre nourri gratuitement. Car il ne craint pas la mort qui permet d\u2019\u00e9chapper au monde d\u2019errance sensible. Et il ne pouvait se contredire en acceptant une condamnation, aussi minime fut-elle, qui aurait \u00e9t\u00e9 l\u2019aveu qu\u2019il avait en partie tort, donc qu\u2019il n\u2019avait pu lui-m\u00eame faire le saut ou qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas en mission aupr\u00e8s des humains dans la caverne.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce passage par un saut qualitatif du \u00ab&nbsp;<em>connais-toi toi-m\u00eame&nbsp;<\/em>\u00bb au \u00ab&nbsp;<em>tu connaitras l\u2019univers et les dieux<\/em>&nbsp;\u00bb est logique.<\/p>\n\n\n\n<p>Prenons pour le saisir un exemple dans les arts, par ailleurs m\u00e9pris\u00e9s par Socrate puisque les individus y d\u00e9montreraient leur asservissement au monde sensible. Certains interpr\u00e8tent aujourd\u2019hui encore les grandes \u0153uvres en les disant cr\u00e9\u00e9es par le \u00ab&nbsp;<em>g\u00e9nie&nbsp;<\/em>\u00bb. Or, ce qui est sous-entendu est que l\u2019artiste est ainsi habit\u00e9 par le \u00ab&nbsp;<em>g\u00e9nie<\/em>\u00bb, le \u00ab&nbsp;<em>genius&nbsp;<\/em>\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019esprit. Le \u00ab&nbsp;g\u00e9nie&nbsp;\u00bb est une sorte de \u00ab&nbsp;<em>da\u00efmon&nbsp;<\/em>\u00bb qui agit dans l\u2019artiste, par l\u2019artiste. Mais puisque le g\u00e9nie \u0153uvre, l\u2019artiste n\u2019est donc pas vraiment responsable de sa cr\u00e9ation. Le v\u00e9ritable auteur est le \u00ab&nbsp;<em>g\u00e9nie&nbsp;<\/em>\u00bb qui est en lui. Il est seulement le passeur du divin, le r\u00e9ceptacle du divin-marionnettiste qui agit par lui et tire les ficelles. D\u2019ailleurs les artistes grecs croyaient que leur succ\u00e8s \u00e9tait d\u00fb aux dieux qui agissaient en eux, au lieu de s\u2019attribuer \u00e0 eux-m\u00eames leur propre cr\u00e9ativit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Socrate, celui qui entre en lui-m\u00eame d\u00e9couvre que la V\u00e9rit\u00e9 a toujours \u00e9t\u00e9 l\u00e0, immuable derri\u00e8re les apparences. Et qu\u2019elle sera toujours l\u00e0. Elle se tient stable, ferme, \u00e9ternelle dans le vrai monde, celui qui s\u2019oppose au monde sensible dont elle donne les clefs.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces \u00e9l\u00e9ments de V\u00e9rit\u00e9, en entrant en lui-m\u00eame, en d\u00e9couvrant son \u00ab&nbsp;<em>da\u00efmon<\/em>&nbsp;\u00bb, celui qui suit Socrate se met en position de les recevoir. Ces Id\u00e9es vraies sont alors d\u00e9couvertes en lui comme des \u00e9clairs de lumi\u00e8re qui, au d\u00e9part, l\u2019\u00e9blouissent comme le dit <em>La R\u00e9publique<\/em>. L\u2019individu qui est sur ce chemin du \u00ab&nbsp;<em>connais-toi toi-m\u00eame&nbsp;<\/em>\u00bb, se sachant ni universel, ni n\u00e9cessaire, comprendrait soudain que ces Id\u00e9es d\u00e9couvertes en lui par introspection ne peuvent venir de lui, \u00eatre construites par lui. Ces Id\u00e9es ne lui appartiennent pas, elles ne sont pas \u00ab&nbsp;<em>de lui&nbsp;<\/em>\u00bb. Il n\u2019a pas cr\u00e9\u00e9 le triangle ou le cercle, le Beau ou le Bien. Il d\u00e9couvre les \u00e9l\u00e9ments d\u2019une V\u00e9rit\u00e9 sup\u00e9rieure \u00e0 lui qu\u2019il re\u00e7oit comme Socrate dit les recevoir d\u2019Apollon.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette V\u00e9rit\u00e9 ne se tient pas seulement au-del\u00e0 des apparences pour dire la v\u00e9rit\u00e9 cach\u00e9e, elle les gouverne aussi. Ce corps de Socrate lui-m\u00eame ne serait qu\u2019une ombre. Et toutes ces cr\u00e9ations humaines artificielles produites ne seraient que des apparences trompeuses, d\u00e9form\u00e9es, loin des mod\u00e8les dont ils sont la pi\u00e8tre imitation.<\/p>\n\n\n\n<p>Et ce fait de gouverner les apparences explique pourquoi celui qui parvient \u00e0 recevoir la V\u00e9rit\u00e9 est aussi en position de comprendre ce qui se passe dans la caverne, d\u2019y retourner pour \u00e9clairer les humains et les gouverner dans ce monde illusoire pour les extirper de ce monde, \u00e0 la fa\u00e7on dont Socrate re\u00e7oit la mission d\u2019Apollon d\u2019\u00e9clairer Ath\u00e8nes.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pourquoi, le \u00ab&nbsp;<em>connais-toi, toi-m\u00eame&nbsp;<\/em>\u00bb socratique n\u2019engage pas la d\u00e9couverte humaniste de l\u2019humanit\u00e9 cr\u00e9atrice et souffrante qui doit chercher le meilleur possible en t\u00e2tonnant, ni \u00e0 l\u2019\u00e9tude scientifique patiente et pleine d\u2019emb\u00fbches de l\u2019univers pour transformer le monde, \u00e0 l\u2019inverse de ce que penseront plus tard un Aristote ou un Guillaume d\u2019Occam. \u00ab&nbsp;Connais-toi toi-m\u00eame&nbsp;\u00bb\u2026 et tu ne connaitras ni l\u2019humanit\u00e9 ni l\u2019univers. Quant aux dieux nous y reviendrons dans la conclusion.<\/p>\n\n\n\n<h2>5. D\u00e9mocratie et roi-philosophe<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019opposition de Socrate \u00e0 la d\u00e9mocratie n\u2019est donc pas accidentelle mais essentielle et elle r\u00e9v\u00e8le le rapport liberticide n\u00e9cessairement induit par cette vision du monde contenue dans le \u00ab&nbsp;<em>Connais-toi toi-m\u00eame&nbsp;<\/em>\u00bb. Puisqu\u2019il devient possible de recevoir les esprits-Id\u00e9es qui dirigent le monde par le \u00ab&nbsp;<em>connais-toi toi-m\u00eame<\/em>&nbsp;\u00bb, pourquoi celui qui est parvenu \u00e0 atteindre le monde de la V\u00e9rit\u00e9, pourrait-il ne pas devenir un Ma\u00eetre de V\u00e9rit\u00e9 agissant dans ce monde&nbsp;pour y imposer un mod\u00e8le id\u00e9al conforme \u00e0 ce monde de la V\u00e9rit\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Socrate, il est non seulement inutile mais, plus encore, impossible d\u2019examiner \u00ab&nbsp;<em>l\u2019opinion commune&nbsp;<\/em>\u00bb de chacun en cherchant \u00e0 d\u00e9m\u00ealer le vrai du faux, et, encore plus faux d\u2019imaginer en \u00ab&nbsp;<em>l\u2019opinion&nbsp;<\/em>\u00bb commune l\u2019un des chemins possibles du vrai \u00e0 la fa\u00e7on dont le pensera un Aristote. L\u2019opinion commune doit toujours \u00eatre r\u00e9fut\u00e9e car elle a tort. Et elle a toujours tort, car la V\u00e9rit\u00e9 est accessible seulement par intuition \u00e0 ce petit nombre qui a su se d\u00e9gager du monde sensible o\u00f9 est enferm\u00e9 l\u2019opinion par la r\u00e9futation dialectique, qui a pu accepter sa part suprasensible gr\u00e2ce au \u00ab&nbsp;<em>connais-toi m\u00eame<\/em>&nbsp;\u00bb et au saut qui lui a permis de d\u00e9couvrir et d\u2019ob\u00e9ir \u00e0 son \u00ab&nbsp;<em>da\u00efmon&nbsp;<\/em>\u00bb qui appartient au monde de la V\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, la d\u00e9mocratie est le r\u00e8gne de l\u2019opinion, celui du \u00ab&nbsp;<em>demos&nbsp;<\/em>\u00bb qui comprend alors les citoyens qui avaient le droit de voter, un monde inapte au savoir. Une inaptitude li\u00e9e \u00e0 l\u2019absence de temps pour m\u00e9diter, \u00e0 l\u2019ali\u00e9nation dans les probl\u00e8mes li\u00e9s \u00e0 la quotidiennet\u00e9 et aux illusions du monde sensible. Pour l\u2019immense majorit\u00e9 de la population, la d\u00e9couverte du \u00ab&nbsp;<em>je sais que je ne sais rien&nbsp;<\/em>\u00bb est impossible et le saut vers le vrai \u00ab&nbsp;<em>connais-toi toi-m\u00eame<\/em>&nbsp;\u00bb inimaginable. Or, la d\u00e9mocratie c\u2019est le r\u00e8gne de la majorit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout n\u2019est pas perdu pourtant pour une \u00e9lite susceptible d\u2019\u00eatre conduite par le philosophe qui a eu acc\u00e8s au monde des Id\u00e9es et qui va tenter d\u2019entra\u00eener des citoyens choisis pour les arracher aux ombres.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019o\u00f9 le vrai sens de la \u00ab&nbsp;<em>ma\u00efeutique&nbsp;<\/em>\u00bb, cet art d\u2019accoucher du vrai qui fut trop souvent interpr\u00e9t\u00e9 comme une marque de l\u2019humanisme de Socrate.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, cet art fut peut-\u00eatre plus une pratique de Platon que de Socrate, mais il correspond bien \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit de ce dernier.<\/p>\n\n\n\n<p>Reprenons l\u2019exemple donn\u00e9 par le <em>M\u00e9non<\/em>. Pour d\u00e9montrer que la V\u00e9rit\u00e9 pr\u00e9existe et habite tous les humains, Platon raconte que Socrate serait all\u00e9 \u00e0 la rencontre d\u2019un esclave choisi au hasard. Cet esclave n\u2019aurait aucune connaissance math\u00e9matique ou physique, il ne saurait pas m\u00eame lire ou \u00e9crire. Or, par les seules questions du ma\u00eetre, cet ignorant aurait retrouv\u00e9 en lui comment construire un carr\u00e9 dont la surface serait le double de l\u2019original.<\/p>\n\n\n\n<p>Impressionnant&nbsp;? Pas certain. Cette d\u00e9monstration est contestable, les questions orientent les r\u00e9ponses de l\u2019esclave invent\u00e9 par Platon pour les besoins de sa cause. Elle confirme, \u00e0 l\u2019inverse, l\u2019impossibilit\u00e9 pour cette philosophie d\u2019imaginer que l\u2019humain ordinaire puisse aller vers la V\u00e9rit\u00e9 sans le soutien d\u2019un ma\u00eetre de V\u00e9rit\u00e9, ici Socrate, et, plus encore, que la v\u00e9rit\u00e9 puisse se trouver par t\u00e2tonnements, exp\u00e9rimentation, \u00e9checs et erreurs, voire qu\u2019elle puisse se construire. Et elle ouvre le chemin soit \u00e0 l\u2019abandon de la recherche du bien public, soit \u00e0 l\u2019adh\u00e9sion aux pires syst\u00e8me politiques tyranniques.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, Socrate va-t-il convaincre nombre d\u2019Ath\u00e9niens qui le suivent que le bien public ne peut \u00eatre trouv\u00e9 par des discussions ouvertes \u00e0 tous les citoyens, de type d\u00e9mocratique, sous pr\u00e9texte que des palabres entre ignorants produisent n\u00e9cessairement des d\u00e9cisions erron\u00e9es. Il va ainsi d\u00e9tourner une partie de la jeunesse de la recherche du bien public et du mieux-\u00eatre individuel, des sciences et des techniques pour les entra\u00eener vers une introspection dont l\u2019impasse existentielle est totale. Un psychologisme de l\u2019\u00e9chec et, finalement du d\u00e9sespoir pour ceux qui devraient admettre que leur cr\u00e9ativit\u00e9 ne sert \u00e0 rien, qu\u2019elle est chim\u00e9rique et que la mort seule, d\u00e9barrassant l\u2019\u00e2me de ce corps \u00ab&nbsp;<em>tombeau de l\u2019\u00e2me<\/em>&nbsp;\u00bb et obstacle au savoir, comme le professe Socrate dans le <em>Ph\u00e9do<\/em>n, sera un moyen pour aller vers le \u00ab&nbsp;<em>tu connaitras l\u2019univers et les dieux&nbsp;<\/em>\u00bb, cet arri\u00e8re-monde de la V\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cette formule ouvre aussi la voie aux pires syst\u00e8me politiques. Puisque le monde des Id\u00e9es non seulement contiendrait la V\u00e9rit\u00e9 du monde des apparences mais le dirigerait, alors, logiquement, celui qui a acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 ce monde par le \u00ab&nbsp;<em>connais-toi toi-m\u00eame&nbsp;<\/em>\u00bb pourrait donc retourner dans la Cit\u00e9 et la diriger au nom des Id\u00e9es, dont celles de justice et de Bien, desquelles se d\u00e9duiraient le bien public et la bonne gouvernance. C\u2019est l\u2019origine de cette th\u00e9orie du \u00ab&nbsp;<em>philosophe-roi&nbsp;<\/em>\u00bb ou du \u00ab&nbsp;<em>roi-philosophe&nbsp;<\/em>\u00bb ainsi que celle du mod\u00e8le politique id\u00e9al \u00e0 imposer au r\u00e9el, dont tyrannies et totalitarismes ont h\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote1anc\">1<\/a>\u0002 Voir plus particuli\u00e8rement les travaux de William Keith Chambers Guthrie, en particulier&nbsp;: <em>A History of Greek Philosophy,<\/em> vol III, IV et V, Cambridge&nbsp;: Cambridge University Press, 1975&nbsp;; Robin, L\u00e9on, <em>Platon<\/em>, Paris&nbsp;: PUF, 1968&nbsp;; Koyr\u00e9, Alexandre, <em>Introduction \u00e0 la lecture de Platon<\/em>, Paris&nbsp;: Gallimard, 1962. Griswold Charles L. Jr (ed), <em>Platonic Writings, Platonics Readings<\/em> New York&nbsp;: Routledge, 1988&nbsp;; Brisson Luc, Platon, les mots et les mythes, Pais&nbsp;: Masp\u00e9ro, 1982. Par curiosit\u00e9, pass\u00e9 compl\u00e8tement \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du sujet&nbsp;: Derrida Jacques <em>La diss\u00e9mination<\/em>, Paris&nbsp;: Seuil, 1972, tout comme avant lui Paul Ric\u0153ur , <em>Etre, essence et substance chez Platon et Aristote<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote2anc\">2<\/a>\u0002 Cic\u00e9ron, <em>De la Nature des Dieux<\/em>, II, LXVI<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote3anc\">3<\/a>\u0002 Voir par exemple Nehamas Alexander T<em>he Art of Living&nbsp;: Socratic Reflections from Plato to Foucault<\/em>, University of Calfornia Press, 1998.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote4anc\">4<\/a>\u0002 M\u00e9non, 80a.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote5anc\">5<\/a>\u0002 Roucaute Yves,&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>Les cyniques<\/em>&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;<em>Diog\u00e8ne le cynique<\/em>&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;<em>Antisth\u00e8ne<\/em>&nbsp;\u00bb, in <em>Dictionnaire des Philosophes<\/em>, Paris, PUF, 1984, 2001.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote6anc\">6<\/a>\u0002 Doyle, Michael, \u00ab&nbsp;<em>Kant, Liberal Legacies and Foreign Policy&nbsp;<\/em>\u00bb in <em>Philosophy and Public Affairs<\/em>, N\u00b012, 1983, pp.205-235 et 323-353. Une illusion tenace, malgr\u00e9 la le\u00e7on donn\u00e9e par la victoire d\u00e9mocratique d\u2019Adolf Hitler en Allemagne en 1933. Roucaute, Yves, <em>La R\u00e9publique contre la d\u00e9mocratie<\/em>, Paris, Plon, 1999.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote7anc\">7<\/a>\u0002 <em>L<\/em><em>ois<\/em><em>,&nbsp;<\/em><em>i<\/em><em>, 627a&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote8anc\">8<\/a>\u0002 <em>La R\u00e9publique<\/em>, 336b-337a. Et quand il semble r\u00e9pondre, comme dans le <em>Gorgias<\/em>, il s\u2019agit probablement, comme le note Quintilien dans ses <em>Institutions Oratoires<\/em>, d\u2019un artifice de Platon pour ses propres th\u00e8ses.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote9anc\">9<\/a>\u0002 <em>M\u00e9non,<\/em> 80d-86d<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote10anc\">10<\/a>\u0002 Spinoza dans l\u2019<em>Ethique<\/em>, comme le remarquait Ferdinand Alqui\u00e9, dans ses <em>Nature et V\u00e9rit\u00e9 dans la Philosophie de Spinoza<\/em> (<em>Les Cours de la Sorbonne<\/em>, Paris&nbsp;: CDU, 1965) et contrairement \u00e0 une interpr\u00e9tation dite \u00ab&nbsp;<em>mat\u00e9rialiste&nbsp;<\/em>\u00bb, distinguait la \u00ab&nbsp;<em>nature naturante<\/em>,&nbsp;\u00bb autrement dit Dieu, compos\u00e9 des id\u00e9es vraies et accessible par connaissance intuitive, et la \u00ab&nbsp;<em>nature natur\u00e9e&nbsp;<\/em>\u00bb, autrement dit le monde sensible accessible par une connaissance inf\u00e9rieure, du second genre, par les sciences plus particuli\u00e8rement.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#sdfootnote11anc\">11<\/a>\u0002 <em>Apologie de Socrate<\/em>, 21e, 23b, 29a.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette formule a bonne presse mais quelles sont ses significations ? Dans cette deuxi\u00e8me partie : \u00ab\u00a0Socrate&nbsp;: \u00ab&nbsp;connais-toi toi-m\u00eame&nbsp;\u00bb contre&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":243,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[5,6],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdyvesroucaute\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/241"}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdyvesroucaute\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdyvesroucaute\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdyvesroucaute\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdyvesroucaute\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=241"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdyvesroucaute\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/241\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":245,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdyvesroucaute\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/241\/revisions\/245"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdyvesroucaute\/wp-json\/wp\/v2\/media\/243"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdyvesroucaute\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=241"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdyvesroucaute\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=241"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdyvesroucaute\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=241"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}