{"id":730,"date":"2020-12-10T11:02:32","date_gmt":"2020-12-10T10:02:32","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/?p=730"},"modified":"2020-12-21T15:19:58","modified_gmt":"2020-12-21T14:19:58","slug":"le-pouvoir-decrire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/le-pouvoir-decrire\/","title":{"rendered":"Le pouvoir d&rsquo;\u00e9crire"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Pour quelles raisons les responsables politiques Fran\u00e7ais tiennent-ils \u00e0 ce point \u00e0 publier des livres&nbsp;? L\u2019essayiste et historien Jacques Julliard apporte son t\u00e9moignage et son analyse.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>N\u2019en d\u00e9plaise aux rabat-joie, la France n\u2019est pas un pays comme les autres. Chez nous, depuis le Moyen-\u00e2ge, les hommes de pouvoir et les \u00e9crivains marchent c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te. Leur fascination mutuelle ne tourne pas toujours \u00e0 l&rsquo;hagiographie: certes, Froissart \u00e9crivait pour c\u00e9l\u00e9brer Louis IX, mais le cardinal de Retz poursuivait le roi de sa d\u00e9testation, tandis que Chateaubriand r\u00e9servait ses plus belles pages \u00e0 d\u00e9truire jusqu\u2019au souvenir de l\u2019Empereur- atteignant, paradoxe \u00e9minent, l\u2019exact oppos\u00e9 de son but. Leur dialogue n&rsquo;en demeure pas moins fondamental. D&rsquo;ailleurs, les grands acteurs politiques, \u00e0 leur tour, ont estim\u00e9 qu\u2019ils ne pouvaient s\u2019affranchir d\u2019\u00e9crire des livres. Au <em>Testament politique<\/em> de Richelieu r\u00e9pondirent les <em>M\u00e9moires <\/em>de Louis XIV, bien entendu; mais c\u2019est Napol\u00e9on qui, froissant les cymbales de son ambition, lan\u00e7a la course \u00e0 la gloire litt\u00e9raire. <\/p>\n\n\n\n<p>Effet de miroir, tentative narcissisme outrancier, charmante esp\u00e9rance du soldat qui se prend pour un artiste? il faudrait, pour comprendre cette inclination, beaucoup plus qu&rsquo;un billet. Tout juste pouvons-nous souligner que la litt\u00e9rature occupe le premier rang des Beaux-Arts dans notre imaginaire. D\u00e8s lors, les rois, les pr\u00e9sidents, les ministres, se donnent le devoir d\u2019\u00e9crire, une fa\u00e7on de se hisser au sommet. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab<em> Il existe en France un rapport \u00e9troit entre le pouvoir et l\u2019\u00e9criture<\/em>, &nbsp;estime l\u2019essayiste et historien Jacques Julliard dont le nouveau livre <em>De Gaulle parmi les siens<\/em> (Le Cerf, 99 p. 12 \u20ac), d\u00e9crit les liens que le G\u00e9n\u00e9ral entretenait avec les \u00e9crivains. <em>Nous sommes avec la Russie l\u2019un des pays dans lesquels la litt\u00e9rature constitue l\u2019une des formes les plus \u00e9lev\u00e9es de l&rsquo;identit\u00e9 nationale.<\/em>&nbsp;\u00bb Si nos concitoyens veulent d&rsquo;abord que leur chef d\u2019\u00c9tat gouverne avec efficacit\u00e9, sagesse, ils attendent de lui &#8211; ou d&rsquo;elle, un jour&#8230;- qu\u2019il incarne les valeurs \u00e9ternelles de notre pays.<\/p>\n\n\n\n<p>Jacques Julliard nous rappelle que la m\u00e8re de Romain Gary disait \u00e0 son enfant qu\u2019il fallait toujours aimer la France parce qu\u2019elle a fait de Victor Hugo un pr\u00e9sident de la R\u00e9publique: \u00ab<em>&nbsp;\u00c9videmment, si l\u2019on s\u2019en tient aux faits, l\u2019affirmation ne tient pas. Mais sur un plan symbolique, intellectuel, c\u2019est vrai. La pr\u00e9sence des \u00e9crivains dans le champ politique a conduit les grands hommes de notre vie publique \u00e0 publier des livres, parce qu\u2019ils sentaient bien que cela correspondait \u00e0 l\u2019id\u00e9e que se faisaient d\u2019eux leurs contemporains.&nbsp;<\/em>\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Jean Jaur\u00e8s et Georges Clemenceau s\u2019attel\u00e8rent \u00e0 la t\u00e2che avec une grande r\u00e9ussite- on peut regretter que l\u2019un et l\u2019autre ne soient pas lus davantage de nos jours. L\u00e9on Blum, avant d\u2019exercer des fonctions \u00e9lectives, passait pour un litt\u00e9rateur \u00e0 l\u2019avenir assur\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de la NRF. Moins connu, mais tout aussi passionn\u00e9 de culture, Louis Barthou r\u00e9digea des livres.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab<em>&nbsp;L\u2019\u00e9criture comptait \u00e9norm\u00e9ment pour de Gaulle, <\/em>ajoute Jacques Julliard. <em>Il se m\u00e9fiait des intellectuels, mais il adorait les \u00e9crivains. Dans ses \u00ab\u00a0<\/em>M\u00e9moires d\u2019espoir<em>\u00ab\u00a0, il qualifie Malraux d\u2019ami g\u00e9nial, un adjectif qu\u2019\u00e0 ma connaissance il n\u2019a pas employ\u00e9 pour d\u2019autres\u2026&nbsp;Et s&rsquo;il consid\u00e9rait Mauriac au plus haut point, c\u2019est encore Charles P\u00e9guy, sans doute, qui l\u2019inspirait le plus <\/em>\u00bb On peut parier qu\u2019en appelant Sartre \u00ab\u00a0cher ma\u00eetre\u00a0\u00bb, le fondateur de la Cinqui\u00e8me r\u00e9publique exprimait du respect pour l&rsquo;auteur de La Naus\u00e9e\u00a0\u00bb ou bien \u00ab\u00a0Les mots\u00a0\u00bb, mais signifiait qu\u2019il n\u2019aimait pas le politicien que celui-ci voulait \u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab<em>&nbsp;Les plus belles conversations que j\u2019aie eues avec Fran\u00e7ois Mitterrand portaient sur les \u00e9crivains,<\/em> relate encore Jacques Julliard. <em>Je me souviens qu\u2019un jour, \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e, il prolongea l\u2019audience parce que je lui disais que l\u2019un de mes \u00e9tudiants pr\u00e9parait une th\u00e8se au sujet de Lucien Rebatet, lors m\u00eame que trois minutes plus t\u00f4t il m\u2019avait pr\u00e9venu qu\u2019il devait me quitter. Au-del\u00e0 de l\u2019anecdote, on peut dire que la litt\u00e9rature faisait partie de son \u00eatre le plus intime.<\/em>\u00bb On cite souvent, de Fran\u00e7ois Mitterrand,  \u00ab\u00a0<em>Le coup d&rsquo;\u00c9tat permanent<\/em>\u00ab\u00a0. Mais le r\u00e9cit intitul\u00e9 \u00ab\u00a0<em>La paille et le grain<\/em>\u00ab\u00a0, quoique nourri de consid\u00e9rations tactiques, m\u00e9rite aussi d&rsquo;\u00eatre lu pour lui-m\u00eame.   <\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les hommes les plus marquants de l&rsquo;histoire politique r\u00e9cente, il est juste de distinguer Georges Pompidou. Non seulement parce qu\u2019il fit para\u00eetre une remarquable <em>Anthologie de la po\u00e9sie Fran\u00e7aise<\/em>, mais parce qu\u2019il r\u00e9digea<em> Le n\u0153ud Gordien<\/em>, livre posthume dont la qualit\u00e9 litt\u00e9raire ne souffre pas la critique. Val\u00e9ry Giscard d\u2019Estaing fut moins heureux. Si ses M\u00e9moires ont int\u00e9ress\u00e9, les romans qu\u2019il publia suscit\u00e8rent les sarcasmes.<\/p>\n\n\n\n<p>De nos jours, l\u2019\u00e9criture est pass\u00e9e au second plan des pr\u00e9occupations de nos dirigeants. Peut-\u00eatre parce que les humanit\u00e9s laissent place aux images dans la culture des Fran\u00e7ais. Bruno Lemaire ne manque pas de branche, qui t\u00e9moigne avec une acuit\u00e9 toute litt\u00e9raire de son action publique, et d\u00e9voile avec profondeur son amour de la musique. Emmanuel Macron n\u2019a, pour l\u2019instant, publi\u00e9 qu\u2019un livre-programme, tandis que ses deux pr\u00e9d\u00e9cesseurs ont propos\u00e9 des plaidoyers dont le moins que l&rsquo;on puisse dire est qu&rsquo;ils ne feront pas d&rsquo;ombre aux M\u00e9moires de Charles de Gaulle. Plus lucide, Jacques Chirac avait confi\u00e9 le soin de raconter son parcours \u00e0 l\u2019\u00e9crivain Jean-Luc Barr\u00e9, collaboration r\u00e9ussie parce que conduite au grand jour. \u00ab&nbsp;<em>Je ne dis pas que nos dirigeants manquent de culture<\/em>, conclut Jacques Julliard. <em>Mais force est de constater qu\u2019il n\u2019ont plus ce rapport presque charnel avec la chose \u00e9crite.&nbsp;<\/em>\u00bb Faisons un r\u00eave. Que l&rsquo;\u00e9criture du pouvoir recouvre une geste qui suscite la grandeur. \u00ab\u00a0<em>Je vous salue ma France&#8230;<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour quelles raisons les responsables politiques Fran\u00e7ais tiennent-ils \u00e0 ce point \u00e0 publier des livres&nbsp;? 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