{"id":611,"date":"2020-11-12T10:41:47","date_gmt":"2020-11-12T09:41:47","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/?p=611"},"modified":"2020-11-12T10:41:47","modified_gmt":"2020-11-12T09:41:47","slug":"philippe-delerm-clair-comme-le-jour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/philippe-delerm-clair-comme-le-jour\/","title":{"rendered":"Philippe Delerm, clair comme le jour"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>A l\u2019occasion de la parution de ses Romans et r\u00e9cits intimistes (Bouquins, 1472 p. 32 \u20ac), Philippe Delerm d\u00e9voile sa fa\u00e7on de travailler mais aussi pourquoi la d\u00e9fense de l\u2019environnement fait partie de ses priorit\u00e9s.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Philippe Delerm incarne une litt\u00e9rature associant la sensibilit\u00e9, la narration classique et l\u2019expression d\u2019un rapport au monde o\u00f9 le souffle des arbres tient sa place.  <\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9vitant de prendre la pose ou de pratiquer le militantisme des sectaires, l&rsquo;\u00e9crivain nous alerte avec \u00e9nergie sur la n\u00e9cessaire d\u00e9fense de notre environnement: \u00ab<em>Beaucoup de gens se donnent bonne conscience en s\u2019affirmant \u00e9cologistes mais se comportent avec indiff\u00e9rence dans leur vie. Je ne donne pas de le\u00e7on. Je crois simplement que cette question n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi fondamentale, en particulier sur un plan politique- et je ne le dis pas parce que j\u2019ai souvent vot\u00e9 pour des candidats \u00e9cologistes. Effar\u00e9 de voir le nombre \u00e9lev\u00e9 de tyrans qui gouvernent aujourd\u2019hui, soucieux de constater que certains de nos concitoyens aspirent \u00e0 l\u2019autoritarisme, je pense que l\u2019\u00e9cologie est une alternative humaniste, cr\u00e9dible, \u00e0 la barbarie. La pand\u00e9mie qui nous frappe est en train de montrer l\u2019impasse o\u00f9 nous a conduit l\u2019ultralib\u00e9ralisme. Il nous faut b\u00e2tir une soci\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9reuse, capable de nous prot\u00e9ger des incantations totalitaires. Il ne s\u2019agit pas seulement de la survie de la plan\u00e8te, m\u00eame si l\u2019urgence est l\u00e0. Nous devons trouver des solutions puissantes pour sauver notre civilisation.&nbsp;<\/em>\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Philippe Delerm a le temp\u00e9rament solide. Il est aimable, chaleureux, mais il puise \u00e0 des sources riches et profondes les raisons de nous \u00e9blouir.  \u00ab<em>Enfant, j\u2019\u00e9tais un lecteur assidu de roman, disposant gr\u00e2ce \u00e0 cela d\u2019un vocabulaire assez large, mais sans promesse d\u2019originalit\u00e9, <\/em>nous d\u00e9clare l\u2019\u00e9crivain. <em>La d\u00e9couverte, en classe terminale, de &nbsp;l\u2019\u0153uvre de Marcel Proust a modifi\u00e9 le cours des choses. J\u2019ai acquis la conviction qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9risoire d\u2019avoir la vell\u00e9it\u00e9 d\u2019\u00e9crire apr\u00e8s lui mais, par un paradoxe finalement tr\u00e8s proustien, je me suis senti autoris\u00e9 \u00e0 tenter cette aventure.<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi Philippe Delerm est-il n\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame. Alors qu&rsquo;il se ber\u00e7ait d&rsquo;une indolence frisant la paresse, il devint travailleur acharn\u00e9, bon \u00e9l\u00e8ve, \u00e9tudiant brillant, professeur de Lettres enfin. \u00ab<em>J\u2019ai beaucoup aim\u00e9 ce m\u00e9tier,<\/em> dit-il. <em>Transmettre le go\u00fbt des mots, faire conna\u00eetre les livres \u00e0 des jeunes, telles \u00e9taient mes ambitions. Mais parall\u00e8lement \u00e0 l\u2019enseignement, j\u2019organisais des activit\u00e9s sportives, j\u2019animais un club de th\u00e9\u00e2tre et, comme si cela ne suffisait pas, j\u2019assouvissais chaque matin mon d\u00e9sir d\u2019\u00e9crire. Hyperactif, j\u2019int\u00e9grais la litt\u00e9rature \u00e0 mon existence.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019un de ses premiers r\u00e9cits s\u2019intitule \u00ab\u00a0Le buveur de temps\u00a0\u00bb. Ne faisons pas notre Sainte-Beuve. Laissons courir notre regard sur quelques pages de ce texte plut\u00f4t que d\u2019expliquer l\u2019\u0153uvre par la vie: \u00ab&nbsp;<em>Sur la nappe de papier grumeleux, un serveur en gilet satin\u00e9 noir \u00e9crivit la commande. T\u00eate de veau vinaigrette, Saucisson chaud pommes \u00e0 l\u2019huile, et pour moi Petit sal\u00e9 aux lentilles. Je ne regrette pas mon passage sur terre&nbsp;: j\u2019ai mang\u00e9 un Petit sal\u00e9 aux lentilles chez Chartier. Je ne suis pas un terrien, mais ce soir-l\u00e0 je fus presque Fran\u00e7ais&nbsp;<\/em>\u00bb. Le talent de la clart\u00e9 signe Delerm. Une simplicit\u00e9 que permet, seule, une attention v\u00e9ritable. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Mes premi\u00e8res tentatives \u00e9taient encombr\u00e9es d\u2019images, de sophistications d\u00e9calqu\u00e9es de Proust,<\/em> explique l\u2019\u00e9crivain. <em>J\u2019ai conserv\u00e9 l\u2019exigence de musicalit\u00e9, le souci de la cadence des phrases, mais je me suis d\u00e9lest\u00e9 des artifices, \u00e9laguant mes tournures \u00e0 la recherche d\u2019une sveltesse. Je reconnais que la pente m\u2019est naturelle du minimalisme. Il n&rsquo;en est pas moins vrai que la pinc\u00e9e d\u2019humour ou la justesse du trait me sont venues avec le temps, par un travail r\u00e9gulier. Je fais partie des \u00e9crivains dont le style \u00e9volue, quand d\u2019autres saisissent d&#8217;embl\u00e9e le ton qui leur convient.<\/em> \u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>La nostalgie n\u2019est pas l&rsquo;essence de Philippe Delerm, y compris lorsqu&rsquo;il s&#8217;empare d&rsquo;une photographie de Doisneau, plongeant ses lecteurs dans le bain chaud des enfances. \u00ab <em>D\u00e9filement bleu sur l&rsquo;\u00e9cran du magn\u00e9toscope<\/em>, \u00e9crit-il dans \u00ab\u00a0Les amoureux de l&rsquo;H\u00f4tel de Ville\u00a0\u00bb. <em>Assentiments m\u00e9caniques de l&rsquo;appareil, traduits par des intensit\u00e9s sonores \u00e0 la fois subtiles et distinctes- l&rsquo;acceptation de la cassette, d&rsquo;une simplicit\u00e9 r\u00e9flexe, puis le d\u00e9filement de la bande, dans un ronronnement plus fluide.<\/em>\u00a0\u00bb Les objets sont ici des personnages. Ils contiennent tout ou partie de notre existence, non pas, comme chez Perec, d&rsquo;une fa\u00e7on sociologique ou m\u00e9morielle, mais d&rsquo;une mani\u00e8re organique. <\/p>\n\n\n\n<p>Oublions les cyniques ou les grincheux, jaloux qu&rsquo;un homme de lettres ne paraisse pas tortur\u00e9. Quand la b\u00eatise aura tout envahi, qu\u2019aurons-nous gagn\u00e9? Contre la grossi\u00e8ret\u00e9, la bestialit\u00e9, la f\u00e9rocit\u00e9, Philippe Delerm \u00e9crit des r\u00e9cits parsem\u00e9s d&rsquo;\u00e9tincelles. On a le droit de le lire et de penser, dans le secret de son c\u0153ur&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vivre est un bonheur&nbsp;\u00bb. &nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-youtube wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Mendelssohn - A Midsummer Night&#039;s Dream: Overture (Abbado)\" width=\"500\" height=\"375\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/m0gHTNJVFtA?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A l\u2019occasion de la parution de ses Romans et r\u00e9cits intimistes (Bouquins, 1472 p. 32 \u20ac), Philippe Delerm d\u00e9voile sa&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":624,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0},"categories":[1,2],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/611"}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=611"}],"version-history":[{"count":25,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/611\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":638,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/611\/revisions\/638"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/media\/624"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=611"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=611"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=611"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}