{"id":340,"date":"2020-06-26T11:23:54","date_gmt":"2020-06-26T09:23:54","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/?p=340"},"modified":"2020-06-26T11:23:54","modified_gmt":"2020-06-26T09:23:54","slug":"deux-livres-de-fruits-frais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/deux-livres-de-fruits-frais\/","title":{"rendered":"Deux livres de fruits frais"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>La fin de la semaine encourage \u00e0 s\u2019adonner au plaisir des fruits, des fleurs et la litt\u00e9rature. <\/strong><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Le panier d\u2019osier fricote avec une robe, un quidam \u00e9crase les pieds d\u2019un autre, le caddy se prend pour un bolide sous le feu des enfants\u00a0: la bonne humeur engendre la maladresse. Mais, poissons de la Maine et l\u00e9gumes d\u2019Anjou m\u00e9lang\u00e9s, rien ne vaut le d\u00e9tour comme le march\u00e9 du samedi, place Lafayette \u00e0 Angers. Tout est d\u2019ici, de l\u00e0, du voisinage ou presque. Une merveille \u00e0 faire mentir Anthony Galluzo\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p>Remarquable observateur de notre temps, cet homme de science est ma\u00eetre de conf\u00e9rences \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Saint-\u00c9tienne. Il publie <em>La fabrique du consommateur<\/em> (\u00e9ditions de <em>La d\u00e9couverte<\/em>, 264 p. 19 \u20ac) qui retrace de fa\u00e7on minutieuse l\u2019\u00e9mergence d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 marchande. \u00ab&nbsp;Vers 1800, la plupart des Fran\u00e7ais \u00e9taient des paysans qui construisaient eux-m\u00eames leur maison, avec la pierre, l\u2019argile et le bois qu\u2019ils trouvaient sur place, \u00e9crit-il. L\u2019ordre mat\u00e9riel qui est aujourd\u2019hui le n\u00f4tre est rigoureusement inverse. Nos maisons sont fabriqu\u00e9es par des grandes entreprises puisant leurs mat\u00e9riaux aux quatre coins du continent. Nos int\u00e9rieurs sont riches de produits industriels, d\u2019objets \u00e9lectroniques complexes. Il y a du tungst\u00e8ne chinois dans nos r\u00e9seaux \u00e9lectroniques, du cobalt congolais dans nos ordinateurs, de l\u2019indium cor\u00e9en dans nos \u00e9crans. Nous consommons des tomates d\u2019Espagne, du caf\u00e9 br\u00e9silien et du poulet turc.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>En lisant ce pr\u00e9ambule, certains pensent peut-\u00eatre qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une critique traditionnelle de la mondialisation. Eh bien non. Le panorama d\u2019Anthony Galluzo d\u00e9passe de beaucoup ces bordures. Touchant le domaine des plaisirs \u2013 on aime le chapitre qu\u2019il consacre \u00e0 l&rsquo;art de se v\u00eatir ou de s\u00e9duire- observant avec pr\u00e9cision l\u2019espace ordinaire des jours- \u00f4 d\u00e9licieuses descriptions de la cuisine su\u00e9doise ou des m\u00e9canismes de la publicit\u00e9 subliminale\u2026-, cet universitaire jongle avec les infinis pour faire comprendre ce qu\u2019il nomme \u00ab\u00a0le nouvel esprit de consommation\u00a0\u00bb. Cette fa\u00e7on contemporaine d&rsquo;appr\u00e9hender la soci\u00e9t\u00e9, nourrie d&rsquo;une fascination pour la figure de l&rsquo;artiste, fait croire \u00e0 chacun qu\u2019il est son propre cr\u00e9ateur. <\/p>\n\n\n\n<p>La contre-culture, dans ce dispositif, tient la premi\u00e8re place. Elle est apparue durant les ann\u00e9es soixante, elle domine aujourd\u2019hui. Selon notre sociologue, elle est  \u00ab&nbsp;profond\u00e9ment individualiste et lib\u00e9rale, intrins\u00e8quement marchande. \u00bb N&rsquo;allez pas croire en un r\u00e9quisitoire. Ce livre nous alerte. Il n\u2019indique pas de solutions pr\u00e9fabriqu\u00e9es, mais il met en garde contre les rebellions de pacotilles. \u00ab&nbsp;L\u2019interconnexion et la complexification de nos soci\u00e9t\u00e9s nous plongent dans un \u00e9tat d\u2019interd\u00e9pendance et de fragilit\u00e9\u00bb regrette Anthony Galluzo.<\/p>\n\n\n\n<p>Ne d\u00e9sesp\u00e9rons pas du march\u00e9. Le soleil irrigue aujourd\u2019hui les abricots, les premi\u00e8res p\u00eaches et le go\u00fbt de la proximit\u00e9. Ceux que l\u2019on nomme des \u00ab\u00a0petits producteurs\u00a0\u00bb, en Maine-et-Loire comme ailleurs, composent un paysage in\u00e9dit, qui donne du plaisir et promet la s\u00e9curit\u00e9 dans le domaine alimentaire. Est-il permis de rester lucide et de r\u00eaver tout \u00e0 la fois&nbsp;? Concilier ce qui para\u00eet s\u2019opposer, parfois, c\u2019est \u00e0 rendre ch\u00e8vre. Ceux qui parviennent \u00e0 cette fin sont des philosophes, ou des \u00e9crivains.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean-Baptiste Bilger vient de publier <em>Chamfort ou la subversion de la morale<\/em> (<em>Le<\/em> <em>Cerf<\/em>, 350 p. 22,50\u20ac). Ce jeune professeur de lettres, avec une gourmandise que soutiennent des phrases vives, \u00e9l\u00e9gantes, essaie de percer le myst\u00e8re d\u2019un \u00e9crivain qui fut d\u2019abord c\u00e9l\u00e8bre, acad\u00e9mique \u00e0 plus d\u2019un titre, et qui, lass\u00e9 de la gloire, a fait le choix de r\u00e9diger des bribes de textes. Ces bouts de papiers, qu\u2019il entassait dans des cartons, que son ami Ginguen\u00e9 recueillit, classa, fit \u00e9diter apr\u00e8s sa mort, demeurent \u00e9nigmatiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Bilger s\u2019en d\u00e9lecte, et nous avec. Il y a quatre ans, les \u0153uvres de Chamfort, en compagnie de celles de Rivarol et Vauvenargues, avaient paru dans la collection <em>Bouquins<\/em>, sous le titre judicieux de <em>L\u2019art de l\u2019insolence<\/em> (1536 p. 34 \u20ac). Cette fois, c\u2019est la singularit\u00e9, l\u2019exemplarit\u00e9 du philosophe que l\u2019auteur met en exergue. Et bien s\u00fbr, comme il en va toujours quand on cherche la v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est la litt\u00e9rature qui surgit, puisqu\u2019il n\u2019est pas de plus belle fa\u00e7on d\u2019exprimer le monde. <\/p>\n\n\n\n<p>Jean-Baptiste Bilger, (virtuose qui ne s&rsquo;en donne pas l&rsquo;air, mais qui conna\u00eet la chanson) place au c\u0153ur de son bel ouvrage une \u00e9tude sur les liens de la litt\u00e9rature et de la danse. \u00ab&nbsp;Il faut imaginer Chamfort, non pas en ma\u00eetre de ballets classiques, \u00e9crit-il, qui dicterait aux danseurs de sa troupe tous les pas qu\u2019ils devraient ensuite fid\u00e8lement et docilement ex\u00e9cuter, mais en chor\u00e9graphe r\u00e9solument moderne, qui aurait \u00e0 c\u0153ur de lib\u00e9rer les initiatives et&nbsp; les improvisations de tous, en esquissant le cadre g\u00e9n\u00e9ral et les grandes lignes de sa vision.&nbsp;\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>La danse et la pens\u00e9e peuvent-elle faire bon m\u00e9nage&nbsp;? Pardi, ce n\u2019est pas Philippe Gaudin, philosophe, protestant, qui plus est directeur de l\u2019Institut Europ\u00e9en en Sciences des Religions, qui soutiendra le contraire. Mais c\u2019est une autre histoire et, d\u00e9j\u00e0, l\u2019impatience vous gagne. Alors puisque Jean-Baptiste Bilger enseigne au lyc\u00e9e Lakanal, achevons cette missive en \u00e9coutant l\u2019un des anciens \u00e9l\u00e8ves de cet auguste \u00e9tablissement. Et bon march\u00e9 \u00e0 tous&nbsp;! &nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-youtube wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Danse s&#039;y\" width=\"500\" height=\"281\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/l-RlvSkpz4E?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La fin de la semaine encourage \u00e0 s\u2019adonner au plaisir des fruits, des fleurs et la litt\u00e9rature.<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":343,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0},"categories":[2],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/340"}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=340"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/340\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":350,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/340\/revisions\/350"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/media\/343"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=340"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=340"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=340"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}