{"id":325,"date":"2020-06-18T14:43:49","date_gmt":"2020-06-18T12:43:49","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/?p=325"},"modified":"2020-06-18T14:43:49","modified_gmt":"2020-06-18T12:43:49","slug":"le-roi-kessel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/le-roi-kessel\/","title":{"rendered":"Le roi Kessel"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>A l\u2019occasion de la parution des romans et r\u00e9cits de Joseph Kessel dans la prestigieuse collection de la Pl\u00e9iade, portrait d\u2019un reporter-\u00e9crivain hors du commun.\u00a0<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il fut reporter, aventurier de Montmartre et des Russies pr\u00e9-sovi\u00e9tiques, h\u00e9ros des premiers combats a\u00e9riens durant la Premi\u00e8re guerre mondiale, R\u00e9sistant durant la Seconde, amoureux des femmes et grand buveur devant l\u2019\u00c9ternel. \u00c9crivain du mouvement, c&rsquo;\u00e9tait un lyrique, ouvrant des paragraphes comme on boucle une valise. Mais il \u00e9tait aussi pr\u00e9cis, capable, quand l&rsquo;essentiel \u00e9tait en jeu, de dire les choses en v\u00e9rit\u00e9. Joseph Kessel, un Mensch \u00e9dit\u00e9 sur papier Bible. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;On a l\u2019impression qu\u2019il y a plusieurs Kessel, autant que de lecteurs, explique en souriant Serge Link\u00e8s, ma\u00eetre de conf\u00e9rence \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de La Rochelle. Certains pr\u00e9f\u00e8rent l\u2019homme qui vivait dans les cabarets russes, connu pour ses frasques plus que pour sa litt\u00e9rature, d\u2019autres choisissent le grand reporter, d\u2019autres encore aiment le romancier. Pour le conna\u00eetre vraiment, je pense qu\u2019il faut le prendre dans son ensemble, tant il est vrai que cet homme hors-normes n\u2019a laiss\u00e9 aucun des personnages qui constituaient sa l\u00e9gende prendre le dessus.&nbsp;C\u2019\u00e9tait l\u2019homme-plume par excellence.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019est pas interdit de penser que le succ\u00e8s consid\u00e9rable de ses livres lui ait valu la jalousie de ses contemporains. Que nous importent les m\u00e9diocres. Joseph Kessel ne partait jamais en reportage sans id\u00e9es re\u00e7ues mais, conscient de ses propres failles, il savait les surmonter pour d\u00e9couvrir l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, surtout quand elle \u00e9tait marqu\u00e9e par le tragique. \u00abUn fait essentiel, indiscutable, et dont nous ne soup\u00e7onnions que vaguement, en partant de France, la vigueur et l\u2019\u00e9tendue, domine tout ce que nous avons vu et appris au cours de ces aventures, explique-t-il en conclusion de <em>March\u00e9s d\u2019esclaves<\/em>&nbsp;: l\u2019esclavage existe aux portes de la civilisation. Pass\u00e9 le seuil de cette mer Rouge que traversent si vite les grands paquebots plein de confort, de plaisirs et de musique, on vend et on ach\u00e8te des hommes.&nbsp;\u00bb &nbsp;Kessel s\u2019installe \u00e0 la hauteur des \u00eatres. Il d\u00e9coche des fl\u00e8ches sans prendre la pose et s\u2019il donne un lyrisme au chaos, c\u2019est que le chant du monde le guide. Jamais il ne s\u2019\u00e9l\u00e8ve au d\u00e9triment de ceux dont il croise le destin.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas une litt\u00e9rature \u00e0 l\u2019eau de rose qu&rsquo;il propose. Le d\u00e9lirant dialogue d\u2019un cosaque et d\u2019un camelot, rapport\u00e9 dans <em>Makhno et sa juive<\/em>, agrippe aussi bien qu\u2019une vodka frapp\u00e9e. Mais quel effet d&rsquo;entra\u00eenement&nbsp;! La moindre phrase de <em>Fortune carr\u00e9e<\/em> donnent au plus casanier le remord ne pas voyager&nbsp;: \u00ab&nbsp;Un torrent, le Kellou, \u00e0 sec en cette p\u00e9riode de l\u2019ann\u00e9e, s\u2019\u00e9tait au cours des si\u00e8cles fray\u00e9 un passage dans la montagne verte et rouge. Il l\u2019avait ravin\u00e9e, fouill\u00e9e atrocement. Son lit \u00e9tait si mince et si profond que le ciel coulait entre les hautes parois sombres comme un filet bleu.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux volumes qui paraissent aujourd\u2019hui mettent en lumi\u00e8re les principales sources d\u2019inspiration du romancier: les cabarets, les guerres et l\u2019exploration des confins. \u00ab&nbsp;Nous avons d\u00fb choisir puisqu\u2019il est impossible aujourd\u2019hui de collecter l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de ses textes, admet Serge Link\u00e8s. Il est vrai cependant que ces trois sources souvent se croisent; ainsi dans la Passante du Sans soucis se d\u00e9roule en grande partie dans des cabarets, mais qu\u2019elle donne \u00e0 comprendre la r\u00e9alit\u00e9 du nazisme et la r\u00e9sistance qu\u2019elle peut faire na\u00eetre, en Allemagne m\u00eame, d\u00e8s les ann\u00e9es trente.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Juif d\u2019origine russe, Kessel \u00e9tait agnostique. Mais il a suivi et soutenu le projet sioniste avec une affection formidable, une \u00e9nergie qui, de nos jours encore, est \u00e9mouvante. Il ne fr\u00e9quentait gu\u00e8re les synagogues, mais au lendemain de la cr\u00e9ation de l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl, en hommage, il en re\u00e7ut le visa num\u00e9ro 1.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne finirions pas d\u2019\u00e9voquer ce magnifique personnage. On veut rappeler qu&rsquo;en 1916, mineur et pas encore naturalis\u00e9, Joseph Kessel s&rsquo;est engag\u00e9 dans l&rsquo;arm\u00e9e Fran\u00e7aise, et qu&rsquo;en 1943, gaulliste, il a r\u00e9dig\u00e9 en compagnie de son neveu Maurice Druon <em>Le chant des Partisans<\/em>. Le temps nous manquent pour tout dire. Alors on choisit pour finir un extrait du discours de Kessel au cours de sa r\u00e9ception \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie Fran\u00e7aise, le 6 f\u00e9vrier 1964: \u00ab&nbsp;Pour remplacer le duc de la Force, qui avez-vous d\u00e9sign\u00e9&nbsp;? Un russe de naissance, et juif de surcro\u00eet. Un juif d\u2019Europe orientale. Vous savez, Messieurs, et bien qu\u2019il ait co\u00fbt\u00e9 la vie \u00e0 des millions de martyrs, vous savez ce que ce titre signifie encore dans certains milieux, et pour trop de gens. Oh, j\u2019entends bien, pour vous, la question ne s\u2019est m\u00eame pas pos\u00e9e et vous \u00eates surpris, sans doute, de me l\u2019entendre mentionner ici. Mais croyez-moi, le fait m\u00eame de cet \u00e9tonnement m\u00e9ritait qu\u2019il f\u00fbt signal\u00e9. Croyez-en quelqu\u2019un qui a beaucoup voyag\u00e9, beaucoup \u00e9cout\u00e9 et pr\u00eat\u00e9 une attention profonde aux voix des hommes qui ont souffert et souffrent encore de la discrimination, des hommes en mal d\u2019\u00e9quit\u00e9, de dignit\u00e9. Pour eux, j\u2019en suis s\u00fbr, vous qui formez la plus ancienne et l\u2019une des plus hautes institutions fran\u00e7aises, vous avez marqu\u00e9, sans m\u00eame y penser et d\u2019un geste d\u2019autant plus pr\u00e9cieux, vous avez marqu\u00e9, par le contraste singulier de cette succession, que les origines d\u2019un \u00eatre humain n\u2019ont rien \u00e0 faire avec le jugement que l\u2019on doit porter sur lui. De la sorte, Messieurs, vous avez donn\u00e9 un nouvel appui \u00e0 la loi obstin\u00e9e et si belle de tous ceux qui, partout, tiennent leurs regards fix\u00e9s sur les lumi\u00e8res de la France.&nbsp;\u00bb &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>                                             Ami, entends-tu\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p><em>(La Pl\u00e9iade, vol. I 1968 pages, 68 \u20ac, Vol. II 1808 pages, 67 \u20ac)<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A l\u2019occasion de la parution des romans et r\u00e9cits de Joseph Kessel dans la prestigieuse collection de la Pl\u00e9iade, portrait&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":337,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0},"categories":[2],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/325"}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=325"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/325\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":338,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/325\/revisions\/338"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/media\/337"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=325"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=325"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=325"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}