{"id":263,"date":"2020-04-30T10:19:02","date_gmt":"2020-04-30T08:19:02","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/?p=263"},"modified":"2020-04-30T10:19:31","modified_gmt":"2020-04-30T08:19:31","slug":"un-conte-de-grime","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/un-conte-de-grime\/","title":{"rendered":"Un conte de grime"},"content":{"rendered":"\n<p><strong> Le d\u00e9sir l\u00e9gitime de v\u00e9rit\u00e9 n&rsquo;interdit pas les jeux de l&rsquo;apparence, desquels participe l&rsquo;art du maquillage. <\/strong><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Quand quelqu\u2019un parle d\u2019une fa\u00e7on qui nous para\u00eet authentique, on a coutume de dire qu\u2019il s\u2019exprime sans fard. Outre le fait que cette association de l\u2019image et du son confond la forme et le fond, vieille lune des conversations de caf\u00e9s, pareille tournure m\u00e9sestime les vertus de la mise en sc\u00e8ne. Dire le vrai par le chemin des artifices, on en convient, s\u2019accorde mal aux principes de la R\u00e9forme. Il n\u2019en faut pas moins reconna\u00eetre qu\u2019une certaine justesse du monde peut se r\u00e9v\u00e9ler par des moyens d\u00e9tourn\u00e9s. La transcendance, taquine, s\u2019amuse de nos certitudes. <\/p>\n\n\n\n<p>Une bonne f\u00e9e du cin\u00e9ma nous en apporte aujourd\u2019hui la d\u00e9monstration. Maquilleuse, \u00c9velyne Byot conna\u00eet tous les trucs pour faire croire \u00e0 l\u2019impossible: une com\u00e9dienne conserve son rouge \u00e0 l\u00e8vres intact ou son kh\u00f4l outre-noire sous une douche froide, un homme de soixante ans para\u00eet quadrag\u00e9naire pour les bienfaits d\u2019un r\u00e9cit, tel acteur \u00e0 la peau flasque semble un apollon. Mais elle estime que son m\u00e9tier requiert avant toute chose une touche de discr\u00e9tion. \u00ab&nbsp;<em>Le r\u00f4le que je m&rsquo;assigne est donner bonne allure aux artistes, <\/em>affirme-telle avec douceur. <em>Qu\u2019ils jouent des malades ou des jeunes gens pleins de sant\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 mon travail, ils doivent \u00eatre agr\u00e9ables \u00e0 regarder. &nbsp;Bien entendu, le maquillage compl\u00e8te l\u2019action des costumiers, du chef op\u00e9rateur et de l\u2019\u00e9clairagiste&nbsp;; il est con\u00e7u suivant le souhait du cin\u00e9aste, en ad\u00e9quation m\u00eame avec le sentiment des com\u00e9diens. Il contribue, lui aussi, \u00e0 la fabrication d\u2019un personnage.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ici surgit le souvenir de Louis Jouvet, qui s\u2019avouait: \u00ab&nbsp;<em>Tu n\u2019as de toi-m\u00eame aucune connaissance, et le reflet de ton visage dans la glace t\u2019\u00e9tonne et t\u2019inqui\u00e8te parfois. Je connais un com\u00e9dien qui, \u00e0 ce moment, se r\u00e9p\u00e8te en se consid\u00e9rant&nbsp;: \u00ab&nbsp;moi, moi, moi&nbsp;\u00bb. Tu ne peux pas te conna\u00eetre.<\/em>&nbsp;\u00bb \u00c9velyne Byot, d\u2019un trait de pinceau, d\u2019un nuage de poudre sucr\u00e9e, fait advenir une cr\u00e9ature plus vraie que nature. Elle intervient, certes, \u00e0 la surface des \u00eatres, mais elle agit en profondeur. Il y a l\u00e0 mieux qu\u2019un paradoxe&nbsp;: une perspicacit\u00e9 mise au service de l\u2019incarnation. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab<em>Il faut trouver l&rsquo;architecture harmonieuse du visage, <\/em>explique notre interlocutrice, <em>et pour cela nous devons \u00e9viter d\u2019en rajouter- comme on dit. Pour le film <\/em>Mauvais genre<em>, de Francis Girod, j\u2019ai d\u00fb transformer Robinson St\u00e9venin, gar\u00e7on viril, en jeune fille. C&rsquo;\u00e9tait passionnant car, au contraire de ce que d\u2019autres avaient \u00e9t\u00e9 tent\u00e9 de faire, j\u2019avais choisi de ne pas forcer les traits pour ne pas verser dans la caricature.&nbsp;\u00bb <\/em>En fonction de l\u2019action, le maquillage doit changer. N\u2019est-ce pas&nbsp; le signe de son caract\u00e8re essentiel&nbsp;? Qu\u2019une \u0153uvre prenne son sens en fonction des variations de fonds de teint, de mascara, voil\u00e0 bien la force de l\u2019illusion.<em> \u00ab&nbsp;Parfois, il vaut mieux ne rien d\u00e9poser sur le visage de l\u2019artiste, <\/em>ajoute en souriant notre interlocutrice<em>. Il faut savoir s\u2019effacer.&nbsp;\u00bb<\/em> Par la gr\u00e2ce des couleurs et des mati\u00e8res, un \u00eatre s\u2019impose qui se cachait aux yeux de tous, y compris de celle ou celui qui lui pr\u00eate son corps. \u00ab&nbsp;<em>Entre le moment o\u00f9 la com\u00e9dienne ou le com\u00e9dien s&rsquo;installe dans le fauteuil de maquillage et le moment o\u00f9 il le quitte, il se passe quelque chose qui nous d\u00e9passe, que je ne saurais d\u00e9finir, mais qui permet \u00e0 l\u2019artiste d\u2019entrer sur le plateau de tournage en incarnant son personnage, <\/em>observe \u00c9velyne Byot. <em>Ce passage m\u2019a toujours fascin\u00e9e.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ce jeu n\u2019est pas de dupe. Au contraire, une certaine v\u00e9rit\u00e9 de notre humanit\u00e9 se manifeste ainsi. Nous aurions tort d\u2019en n\u00e9gliger le poids, de nous en m\u00e9fier, pis, de la combattre. On a connu, protestante rigoureuse, une com\u00e9dienne qui pratiquait son art une bible tout pr\u00e8s d\u2019elle et, cependant, ne r\u00e9sistait jamais \u00e0 la tentation de plaire, d\u2019\u00e9mouvoir ou de faire rire. Elle y mettait peut-\u00eatre du fard, mais elle y donnait toute sa foi.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-youtube wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Ce que je crois - Gis\u00e8le Casadesus\" width=\"500\" height=\"281\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/us1NxgkXyTQ?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le d\u00e9sir l\u00e9gitime de v\u00e9rit\u00e9 n&rsquo;interdit pas les jeux de l&rsquo;apparence, desquels participe l&rsquo;art du maquillage.<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":264,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0},"categories":[2],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/263"}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=263"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/263\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":268,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/263\/revisions\/268"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/media\/264"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=263"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=263"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=263"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}