{"id":194,"date":"2020-04-02T12:06:22","date_gmt":"2020-04-02T10:06:22","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/?p=194"},"modified":"2020-04-02T12:08:34","modified_gmt":"2020-04-02T10:08:34","slug":"la-balle-au-bond","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/la-balle-au-bond\/","title":{"rendered":"La balle au bond"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Pr\u00e9sentation d&rsquo;un nouveau blog, \u00e0 la crois\u00e9e du feuilleton, de la promenade et de la divagation. <\/strong><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Avec un pr\u00e9nom d\u2019initiales, un patronyme en pastiche de Stendhal, on pourrait croire que cet \u00e9crivain nous invite aux cymbales de l\u2019\u00e9pop\u00e9e. JMG Le Cl\u00e9zio, tout au contraire, saisit son lecteur par le colbac, indign\u00e9 par les injustices, arm\u00e9 de phrases claires et cependant rugueuses. Il explique, analyse, d\u00e9crit, ne l\u00e2che pas. C\u2019est ainsi qu\u2019il assaille. Les images qu\u2019il fait na\u00eetre ne viennent pas d\u2019un quelconque effet de manche. La s\u00e9duction n\u2019est pas son genre. Seule compte \u00e0 ses mots comme \u00e0 ses yeux ce qu\u2019il raconte. Un Giono des confins, ni\u00e7ois de naissance, mauricien d\u2019h\u00e9ritage, armoricain de feu. <\/p>\n\n\n\n<p><em>Chanson bretonne<\/em>  suivi de<em> L\u2019enfant de guerre<\/em> (Gallimard, 154 p. 16,50 \u20ac) vient de sortir. On pense&nbsp;: \u00ab&nbsp;il a bien de la chance&nbsp;\u00bb et puis l\u2019on se ravise&nbsp;parce que, pr\u00e9cis\u00e9ment gr\u00e2ce \u00e0 lui, nous pouvons sortir aussi. Les souvenirs ont la belle vie dans ce nouveau livre de Le Cl\u00e9zio. \u00ab&nbsp;<em>Les chemins creux nous menaient jusqu\u2019au bord de l\u2019Odet, dans les bois qui semblaient n\u2019appartenir \u00e0 personne, habit\u00e9s par les sangliers et les chevreuils, les renards, les blaireaux.&nbsp;\u00bb &nbsp;Les personnages, comme au coin d\u2019une for\u00eat de chouans surgissent&nbsp;: \u00ab&nbsp;Madame Le Dour \u00e9tait une femme trapue et solide, toujours v\u00eatue de noir et portant tablier, mais elle ne mettait jamais le costume et \u00e0 son chignon, au lieu de l\u2019extravagant chapeau de dentelle, elle avait juste un petit n\u0153ud de velours noir \u00e0 l\u2019ancienne.<\/em>&nbsp;\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019un chapitre \u00e0 l\u2019autre h\u00e9las, de \u00ab&nbsp;Mar\u00e9e basse&nbsp;\u00bb en \u00ab&nbsp;Doryphores&nbsp;\u00bb, la guerre approche. Atroce au narrateur. \u00ab&nbsp;<em>Ce grand vide de mon enfance dans la guerre, comment vais-je le combler&nbsp;? Toutes ces ann\u00e9es perdues, enferm\u00e9es, affam\u00e9es, isol\u00e9es, comment les retrouver&nbsp;? Comment les accepter&nbsp;? L\u2019absence de mon p\u00e8re, \u00e0 ma naissance, puis durant le temps de mon enfance, comme si j\u2019\u00e9tais orphelin, ou enfant trouv\u00e9. Mais de mettre des mots sur cette absence, ou cet abandon, ne me permet pas de m\u2019y r\u00e9soudre, puisque ce n\u2019est pas lui qui s\u2019est s\u00e9par\u00e9 de nous, c\u2019est le monde en \u00e9tat de chaos, cette folie universelle qui a rompu le contact entre l\u2019enfant et son p\u00e8re<\/em>&nbsp;\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>Aux belles \u00e2mes de la vingt-cinqui\u00e8me heure on laisse le\nsoin de s\u2019exclamer que d\u2019autres enfants v\u00e9curent l\u2019enfer. Le propos de Le\nCl\u00e9zio n\u2019est pas de geindre, mais d\u2019alerter. Le pass\u00e9 s\u2019invite \u00e0 notre table.\nQu\u2019en faisons-nous&nbsp;? L\u2019\u00e9crivain lance des points d\u2019interrogation, sans\nfioriture, avec l\u2019\u00e9nergie de la col\u00e8re. Il interroge la faim, la mis\u00e8re d\u2019autrefois\nCette rem\u00e9moration n\u2019a de sens que par l\u2019interpellation qui nous est adress\u00e9e.\nPuisse l\u2019affliction du romancier nous consoler des bouleversements\ncontemporains. &nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 la pand\u00e9mie, chacun sa mani\u00e8re d&rsquo;\u00eatre. Ainsi, tous les jours \u00e0 15 heures depuis le 16 mars, un monsieur marche au bas de son immeuble. Imprimant \u00e0 sa d\u00e9ambulation la tranquillit\u00e9 de la sagesse, le vieil homme respire l\u2019onde. &nbsp;Un joli mot que celui-ci. Parmi les douze&nbsp; occurrences du Littr\u00e9, notons cette d\u00e9finition&nbsp;: \u00ab<em>\u2026des teintes, des nuances qui imitent une onde. Les ondes de la moire. Les ondes d\u2019un bois vein\u00e9.&nbsp;<\/em>\u00bb&nbsp; L\u2019\u00e9poque est au changement de couleurs. La trag\u00e9die de ce printemps convoque les remugles de l\u2019eau qui se soul\u00e8ve. A quoi ressemblera notre univers quand les savants, la chance et la prudence de tous auront permis de souffler la sinistre flamme du virus&nbsp;? On est bien en peine de le dire. En attendant, chacun parle&nbsp; en d\u00e9clarant qu\u2019il faut se taire, \u00e9crit des messages en affirmant que l\u2019heure est au retrait. La mort est l\u00e0, qui provoque l&rsquo;effroi.<\/p>\n\n\n\n<p>Puisque tout marche \u00e0 l\u2019envers, puisque nos habitudes en\n\u00e9clats viennent de voler, voici le pr\u00e9ambule en guise de conclusion. Cette\npremi\u00e8re missive s\u2019inscrit dans la tradition que l\u2019on appelle un blog- un mot\ncontractant \u00ab&nbsp;web&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;log&nbsp;\u00bb lequel signifie \u00ab&nbsp;petit\nmorceau de bois&nbsp;\u00bb, mais ne nous \u00e9garons pas. L\u2019auteur de ces lignes aimerait,\nde fil en aiguille, en faire un feuilleton. <\/p>\n\n\n\n<p>Judex et Fant\u00f4mas peuvent dormir tranquilles&nbsp;: ce n\u2019est pas le coup de th\u00e9\u00e2tre que l\u2019on trouvera chaque semaine ici. &nbsp;Mais le rebond, peut-\u00eatre. On \u00e9voquera des livres et le jardin des musiques, des rencontres fortuites, \u00e0 contretemps, contre-danse et contre-pied, pour le plaisir du jeu, car il n\u2019est rien de plus beau qu\u2019une descente de trois quarts, quand l\u2019ovale disciplin\u00e9 du ballon permet de tenter tous les essais.&nbsp; A vous de le saisir, \u00e0 vous de courir. En libert\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-youtube wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Tippett Concerto for Double String Orchestra\" width=\"500\" height=\"375\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/5IKINvFXw5Q?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pr\u00e9sentation d&rsquo;un nouveau blog, \u00e0 la crois\u00e9e du feuilleton, de la promenade et de la divagation.<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":203,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-194","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-feuilleton"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/194","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=194"}],"version-history":[{"count":13,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/194\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":212,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/194\/revisions\/212"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/media\/203"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=194"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=194"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.regardsprotestants.com\/leblogdefrederickcasadesus\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=194"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}