En liberté

Douze mois d’immersion en prison(s) avec la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté.

Dans ce roman Graphique, Mathieu Sapin raconte son expérience auprès de Dominique Simonnot, Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté. Son parcours le mène du commissariat des Lilas au tribunal judiciaire de Bobigny, en Seine-Saint-Denis, à l’Etablissement Pénitentiaire pour Mineurs de la Valentine, à Marseille, puis à l’hôpital psychiatrique de Bully-les-Mines, au Centre de Rétention Administrative de Geispolsheim, pour finir dans les prisons de Nantes, Vendin-le-Vieil et Fresnes.

Avec son carnet à dessin, il enregistre patiemment chaque mur, chaque visage, chaque graffiti, chaque chambre ou cellule, chaque anecdote comique ou dramatique, chaque réflexion spontanée ou murement réfléchie de la part de ses interlocuteurs, qu’ils soient majeurs ou mineurs, hommes ou femmes, d’un coté ou de l’autre d’une porte verrouillée. Le graphisme est simple et fluide, les dialogues sont précis, notés sur le vif.

Sans pathos inutile, sans considération philosophique oiseuse, Mathieu Sapin nous montre la face cachée de la République, là où sont enfermés les indésirables, qu’ils soient délinquants, malades psychiatriques, étrangers sans papier, ou tout cela à la fois. Les sanitaires insalubres de tel lieux de détention, la bienveillance du personnel de tel service judiciaire, les provocations inutiles des uns envers les autres ou les services rendus à la sauvette. Dans ce parcours qui pourrait être un avatar moderne de l’Odyssée, avec ses épreuves, ses douleurs, ses espoirs, ses échecs, nous avons un regard intime de toute la chaine pénale, depuis les locaux de garde à vue, jusqu’au quartier disciplinaire d’une maison d’arrêt.

Cette lecture nous enseigne par dessus tout que nul n’est à l’abri de se retrouver lui-même incarcéré, que ce soit pour un acte commis volontairement ou pour une erreur tragique et involontaire. Et elle pose la question de savoir pourquoi la République traite si mal celles et ceux qu’elle punit, pourquoi elle les enferme dans des lieux dont beaucoup sont humiliants et insalubres, et donnent une image aussi triste et décourageante d’une société qui se prétend fondée sur les droits de l’homme et du citoyen.