Depuis 2007, Luc Bernouin est aumônier à l’établissement pénitentiaire de Meyzieux, dans le département du Rhône.
Comment es-tu arrivé à devenir aumônier en EPM ?
En fait, dans l’église où j’allais avant, il y avait un missionnaire américain qui était aumônier sur Lyon. Etant très curieux de nature, j’ai voulu l’accompagner à un culte pour voir comment ça se passait. Je suis « tombé amoureux » de la prison. Dès ma première visite, la relation avec les personnes détenues m’a donné envie de m’engager dans cette voie-là. Vingt ans plus tard, je suis toujours impliqué en tant qu’aumônier.
Pour l’EPM, j’ai postulé dès la construction de cette prison pour les mineurs. Une première. Comme j’étais déjà très engagé auprès de la jeunesse dans mon église, même si c’est une jeunesse qui finalement n’a rien à voir, ça m’a intéressé de pouvoir m’engager dans cette voie. Vingt ans plus tard et je suis toujours aumônier chez les mineurs, sans aucun regret.
Qu’est-ce que cela change de travailler avec des mineurs incarcérés ?
La particularité des EPM, c’est déjà que les détenus sont seuls en cellule. Ils ont leur toilette et leur salle d’eau en cellule. Comme ils sont mineurs avec des obligations scolaires (au moins jusqu’à 16 ans), il y a aussi une école dans la prison. En journée, ils vont donc étudier comme tous les autres jeunes de leur âge. Des éducateurs de milieu fermé sont là en permanence, travaillant sur site. Ils accompagnent les jeunes en leur proposant d’autres trajectoires et une insertion dans la société.
Pour travailler auprès des jeunes, il faut s’intéresser à eux. On a des visites individuelles où on va tisser des liens pour éventuellement avoir des échanges plus confidentiels. Nous travaillons également en équipe avec l’administration qui éventuellement peut nous proposer des orientations d’actions. Mais nous gardons la confidentialité de tous nos entretiens avec les jeunes. Nous proposons des thèmes pour des ateliers de parole organisés à chaque vacance scolaire avec les jeunes. Ce sont des ateliers inter-aumônerie. Nous traitons des sujets comme l’amour, le pardon, le jeûne aussi. En effet, comme il y a différentes formes de jeûne selon les religions, nous avons pu échanger et expliquer les différences et comment chaque religion vivait cela. Nous avons aussi animé un atelier sur quelle est la valeur d’une vie, thème demandé par l’administration. A cette occasion, l’intervention d’un ancien trafiquant de drogue devenu pasteur a été marquante. Les thématiques doivent pouvoir toucher les jeunes et les aider dans leur projet d’avenir.
Existe-t-il une relation plus privilégiée avec les jeunes en tant qu’aumônier ?
Bien sûr. J’ai des liens plus informels avec les jeunes. On va faire une partie de baby-foot ensemble ou, à un autre moment, un jeu de société. Ça m’est déjà arrivé aussi de manger avec eux. Ça c’est exceptionnel ! Ce n’est pas prévu dans le cadre fonctionnel de l’établissement. Des dérogations s’imposent qui me sont accordées. Ces moments d’échange ouvrent à tout. Ça permet de casser la glace et de faire connaissance avec les jeunes, de pouvoir commencer à construire une relation avec eux sans forcément parler de foi ou de religion.
Vois-tu des différences avec l’aumônerie auprès d’adultes ?
J’avais une petite expérience auprès des adultes. Ce qui m’a surpris au début avec les jeunes, c’est que je retrouvais les mêmes problématiques que chez les adultes. Je rencontrais des jeunes incarcérés pour vol, agression, mais aussi pour viol ou proxénétisme. Il m’a fallu un temps d’adaptation pour réaliser que ce qui conduit en détention reste identique quel que soit l’âge. Maintenant, je suis habitué (ce n’est pas le bon mot, je n’aime pas ce mot-là). Mais au début, c’était un peu surprenant, déstabilisant.
As-tu un message pour des personnes n’étant jamais entrées en prison ?
Je pense que le plus dur pour les gens de l’extérieur, c’est de ne pas porter de jugement. Nous qui entrons, sommes vraiment là pour ne pas juger. Je pense à cette jeune fille que j’ai rencontrée et qui aimait vraiment le Seigneur. Sa courte vie était tellement chaotique qu’elle avait un pied dans chaque monde ; qu’elle luttait intérieurement entre vivre dans la nouvelle vie de chrétienne ou poursuivre dans l’ancien monde avec la drogue et tout ça. Pourquoi je raconte ça ? J’ai envie d’encourager les gens à ne pas porter des jugements facilement. Cette fille a subi des violences de sa mère, des violences par son père, a été violée par son grand-père, puis aussi violée dans la rue. Elle a grandi une partie de sa vie dans la rue et a été hospitalisé car tombée en dépression. En fait, même jeunes, ces êtres humains ont des vies chaotiques. Pour eux la démarche de la foi n’est pas du tout la même que pour nous qui avons une vie « normale » à l’extérieur. Alors, aller vers ces jeunes sans porter de jugement, être dans l’écoute, dans l’accompagnement et leur montrer que, quel que soit leur parcours de vie, il peut y avoir des personnes pour les aimer et que, par-dessus tout, Dieu les aime, voilà le plus important. Je souhaite présenter une réalité qui aide chacun à évoluer dans son regard sur celles et ceux qui sont enfermés en prison. Leur trajectoire de vie les y a conduit mais l’espérance est toujours là pour un avenir différent, meilleur.