Chaque année, près de 3 500 mineurs sont incarcérés dans les prisons françaises.
Ils représentent environ 1% de la population pénale totale, les filles mineures sont très peu nombreuses elles ne sont que 3,5 % du total des mineurs. Ils sont incarcérés pour moitié dans des maisons d’arrêt où ils sont strictement séparés des majeurs, et pour moitié dans des établissement pénitentiaires pour mineurs (EPM). Plus de la moitié ont entre 17 et 18 ans, les moins de 15 ans représentent moins de 5 % du total. La caractéristique principale des mineurs incarcérés est l’échec scolaire : 70% sont en rupture de scolarité, parfois depuis l’âge de 12 ou 13 ans. La présence d’enseignants de l’Education nationale en détention permet à certains de renouer avec l’enseignement, car pour eux la scolarité y est obligatoire, contrairement aux majeurs.
Les raisons de l’incarcération sont relativement stables depuis plusieurs années. La première cause est le vol et le recel dans environ 30 % des cas. Puis, ce sont les violences volontaires pour 20 %, les infractions à la législation sur les stupéfiants pour 10%, les dégradations, outrages et rébellion pour 10 %, et environ 5 % pour viol. Les autres motifs sont très variés (port d’arme, extorsion, délit routier, proxénétisme, escroquerie, etc.). La plupart des motifs d’incarcérations sont de l’ordre de la petite délinquance, c’est pourquoi la durée moyenne d’incarcération est relativement courte, de l’ordre de 6 mois, alors qu’elle est de 12 mois pour les majeurs.
L’une des causes les plus fréquemment avancée pour expliquer la délinquance des mineurs est que leurs parents le sont également, mais contrairement à cette idée reçue, seul 1 % des mineurs ont un parent ayant des antécédents de détention. Par contre 15 % ont un frère ayant fait de la détention, et environ la moitié ont un ami qui a fait de la détention. Cela s’explique par le fait que chez les mineurs, la délinquance est le résultat d’une dynamique de groupe. L’entrée dans la délinquance se fait dans la très grande majorité des cas sous la forme de l’apprentissage par compagnonnage, car un jeune apprend de ceux de ses pairs qui sont déjà dans la délinquance et ont un peu plus d’expérience que lui. En détention, le cadre de leur prise en charge éducative est issu de l’Ordonnance du 2 février 1945 relative à l’enfance délinquante, qui a instauré le primat de l’éducatif sur le punitif. Elle est à l’origine de la création en 1990 des services de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, qui interviennent en milieu ouvert ainsi qu’en prison. La détention est l’occasion pour les mineurs de reconsidérer les raisons et les mécanismes de leur engagement dans la délinquance, et de reconstruire des liens familiaux qui sont bien souvent problématiques.
L’incarcération est une épreuve de réalité, qui confronte les mineurs à diverses figures d’identification, ce qui va leur faire reconsidérer les actes et réfléchir à leur avenir.
La prison offre beaucoup de figures d’identification négatives, qui induisent des mouvements de sortie de la délinquance. Les toxicomanes, les sans-abris et les malades psychiatriques sont trois catégories sociologiques sur-représentées en prison chez les majeurs. Ce sont autant de figures d’identification qui peuvent convaincre les mineurs que la délinquance est une impasse, et même une déchéance, de façon bien plus efficace que le discours du psychiatre ou du juge. Pour ces adolescents aux jugements sans concessions, ces « grands », qui vivent encore chez leurs parents à 30 ans, sont des ratés, des « blédards », la honte de leur famille, un exemple à ne pas suivre.
Passé le temps de la découverte du milieu carcéral, les figures d’identifications les plus fréquentes sont les membres de leur propre famille, qui ont parfois connu le même parcours, et donnent le meilleur exemple de sortie de la délinquance. Comme en témoigne ce jeune de 17 ans, qui vendait du cannabis dans sa cité : « Quand j’étais petit, j’entendais les grands qui disaient que les autres étaient en prison, et quand je leur téléphonais, ils disaient qu’ils étaient à l’école militaire, au travail, ou en vacances. Je savais que ça allait m’arriver. Le jour où je me ferai arrêter, je savais que j’arrêterai. Mes frères, certains sont passés par la prison, y’en a un c’était des braquages, les autres je ne sais pas. Ils sont dans le droit chemin, maintenant ils travaillent, ils sont mariés, ils peuvent m’aider. »
Malgré l’intervention des éducateurs de la PJJ, des services de l’Education nationale, des professionnels de santé, la prison reste peu efficace pour prévenir la récidive. C’est pourquoi les deux-tiers des mineurs sont réincarcérés dans les cinq ans qui suivent leur libération, chiffre semblable à celui des majeurs.